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Absurde, absolution, absinthe. FIN

17 juin 2008 8 commentaires

© Olga Guyot, Chimères

© Olga Guyot

Volga se dirige vers l’eau dans une nudité étincelante. C’est alors que ma vision se brouille et qu’une multitude de points emplit mon champ de vision… Seule sa chevelure d’un rouge flamboyant me déchire les rétines.
Je me sens à la fois mal et bien. Il me semble qu’un rêve s’accomplit, je peux enfin pénétrer Volga dans son intimité la plus absolue. Je concrétise mon amour d’elle en m’intégrant à sa structure atomique. Je navigue dans ses flux au niveau cellulaire, j’admire les cellules qui la composent, la magie des couleurs, les ondes électriques et chimiques qui dirigent l’orchestre de sa vie. Je sors d’elle en poussant un cri…

Volga semble s’intégrer à l’eau, peu à peu, le rouge de sa chevelure se communique à l’univers et j’ai peur de m’enfoncer dans la terre.
C’est alors qu’une main se tend vers moi, une petite main.
Je suis le bras du regard et je vois un Toulouse Lautrec souriant qui se propose de me sauver de la dissolution. A son bras, Louise Weber, dit la Goulue qui me sourit. J’accepte cette aide pour le moins inattendue et je me retrouve assis.
Il y a maintenant foule autour de moi.
Ils rient, s’agitent, regardent Volga qui me fait signe de venir la rejoindre.
J’en reconnais certains, Degas, Manet, Renoir, Monet, Cézanne, Guillaumin, Sisley…

Je me lève et me retourne en entendant une dispute. Deux hommes pleins de passion se jetent à la face les pires des mots. L’un d’eux tient une arme, il tire… L’autre s’écroule…
Un des témoins de cet acte de folie se précipite, il lui manque une oreille et la plaie saigne. C’est Van Gogh, j’ai peur maintenant.
Vincent hurle : “Verlaine ! Rimbaud ! Vous n’avez plus toute votre tête !”, pendant qu’un homme désemparé se penche vers lui et lui susurre à l’absence d’oreille : “Mon frère, jamais je ne te laisserais décrépir dans un asile.”
Picasso, hilare, contemple la scène avec un verre d’absinthe dans la main. Un autre qu’il nomme Charles, lui tient la cuillère contenant le sucre et enflamme le breuvage magique à l’aide d’une allumette.
“Merci Beaudelaire… Laissez donc vos opiacés pour participer à la fête de dame nature, buvez avec moi !”
Je ne peux plus bouger, mes jambes sont enfoncées dans le sol jusqu’au genou. Je hurle de terreur…
Deux hommes s’approchent de moi et l’un d’eux dit à l’autre : “Oscar !Regarde celui-là, il sombre dans le sol”. Je reconnais Oscar Wilde et Edgar Poe qui me trouve si amazing…

Tout s’assombrit et je vomis…

Pissaro et Paul Signac se penchent vers moi, il me porte un verre d’absinthe aux lèvres. “Bois ! Tu verras, ça ira mieux après…”

La terre m’absorbe et je distingue encore une croix blanche qui porte mon nom avant de disparaître.

Il fait noir, il fait chaud…

Je me sentirai bien si n’y avait ce petit bip-bip, ce bruit électronique qui me déchire la sérénité.
J’ouvre les yeux sur Volga et je suis aveuglé par la clarté qui règne ici.
Le visage de ma belle est défait comme après la tempête, elle me prend la main et je distingue des larmes qui coulent sur ses joues.

“Volga…”
“Chut ! Garde tes forces mon amour. Tu es à l’hôpital, tu as eu une attaque…”

Elle pleure sans retenue maintenant…

Parler m’est difficile et la salive me coule le long du menton.
J’essaye de tendre la main droite pour la caresser, la rassurer mais je n’y parviens pas. Cette main, ce bras sont devenus sourds. Je retire alors la gauche de l’écrin de ses doigts fins et je touche mon visage…
La partie droite se révèle molle et flasque et elle ne me rend pas l’écho de la main.

Un homme pénètre dans la chambre, vêtu d’une blouse blanche.
Volga se dirige vers lui et je saisis quelques bribes de leurs chuchotements.

“Attaque. Apoplexie. Vaisseau. Caillot. Paralysie.”

Ces mots m’assassinent.
J’ai sommeil, je vais dormir.
Je crois bien que je ne boirai plus jamais d’absinthe.
Je préfère rencontrer ces gens dans les musées ou dans les livres…

Je pense fort : “Ne t’inquiète pas Volga. Ma douce, ma belle, je m’en vais reconquérir ces régions de mon corps devenues inconnues, encore plus sûrement que les espagnols et leur péninsule, que les conquistadors et l’Amérique. Je prendrai pour exemple ce que j’ai vu dans ton corps, les flux, les ondes… J’y étais et tu étais belle. Cette main te caressera te nouveau, cette bouche créera de nouveau des mots, des mots rien que pour toi, des mots-bijoux, des mots d’Eldorado. Mes baisers seront brûlants comme le souffle de l’enfer qui s’abattait sur Pizarro. Je t’aime…”

FIN

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Références pour cette article

  1. Référence n°1
    http://www.myspace.com/olga_guyot

8 Commentaires »

  • lubesac dit:

    J’avais pensé à l’endroit imprégné de tous ces fantômes de peintres,et au rêve de l’après-midi!
    Mais l’absinthe tueuse l’a transformé en cauchemard
    Encore une nouvelle superbement écrite avec une chute aussi imprévue que cruelle!
    Début tout en douceur et glamour et …le désastre.Mais l’espoir est là!

  • sara do dit:

    wouahhhhhhhh… et en plus sont présents ceux que j’aime, ils me parlent au coeur et au corps… merci thierry pour cette merveille…

    je reviendrai la lire encore et encore… Plume tu es, volante en maître mot !

    kiss d’étoile filante

    sara do

  • Absurde, absolution, absinthe. FIN dit:

    [...] Absurde, absolution, absinthe. FINwww.tby-liber.com/blogfr/?p=138 par wasicu il y a quelques secondes [...]

  • emmanuelle grangé dit:

    point d’autres, mais Olga Guyot, j’y vais, sans cuiller ni sucre !

  • Attaque Louise » Absurde, absolution, absinthe. FIN dit:

    [...] Absurde, absolution, absinthe. FIN A son bras, Louise Weber, dit la Goulue qui me sourit. J’accepte cette aide pour le moins inattendue et je me retrouve assis. Il ya maintenant foule autour de moi. Ils rient, s’agitent, regardent Volga qui me fait signe de venir la … [...]

  • dédé dit:

    Bonjour Thierry,

    Le défilé de ces peintres géniaux illumine la faible lueur de lucidité du malade.
    Ce texte est terriblement bien écrit pour évoquer ce drame, où la chute inatendue, nous laisse sans voix.
    Amitié.
    dédé.

  • dju770 dit:

    Un voyage qui décoiffe à la rencontre de génies disparus. Une ambiance cauchemardesque de lutte pour la survie qui laisse le lecteur sur un lit d’hôpital au réveil : encore une lutte à mener !
    Victor Hugo a dit : “Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent”, il a du l’écrire pour toi ! (rire)
    Merci pour ce beau voyage ! Amicalement. DJU770

  • tby (author) dit:

    @dju770 -
    Merci à toi de ta visite l’ami
    Amitié
    Thierry

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