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09 avril, 2008

Bataille grande guerre

Je vois Augustin et je suis content. Il est de la Lozère comme moi.
Il me fait signe, me montre la rivière.
Le clairon doit sonner le repli.
Je laisse ma baïonnette au boche, je peux pas la sortir.
Nous courons, en silence.
On a pris la tranchée et il nous faut l’abandonner.
On marche sur des corps, des camarades, des ennemis. Tout ça n’a pas de sens…
Un grand choc me projette au sol. Pas de douleur…
Je vois un trou fumant dans ma capote.
C’est bon ce silence, ça fait peur, mais c’est bon.
J’ai l’impression de ne pas être ici.

On arrive, on se colle à la terre. Elle vibre.
Je suis à bout. Augustin me donne une cigarette.
Quelques gars arrivent encore, ils rayonnent.
On cherche l’officier du regard. Personne.
Nous sommes abandonnés là.
Les impacts de balle s’amenuisent et disparaissent enfin.
Les boches doivent nettoyer la tranchée et la consolider.
On reprendra le jeu demain.
Je pisse sous moi, le talus qui nous protège étant trop bas.

Le temps passe, irréel et j’entends de nouveau.
Augustin ne dit rien, il dort peut être…
Au matin, un sergent passe, il nous dit que l’armistice est signé, que les combats cesseront à 11 heures.
La canonnade ne faiblit pas, je me demande si les boches le savent eux…
Ils tirent, comme ça, pour rien ou pour un copain tombé hier.
A dix heures, le gars près de moi reçoit une balle dans le casque. Je vois son visage emplit d’horreur, il croit à la mort et puis il rit, il rit et nous rions aussi.
Le sergent revient et il charge Augustin de transmettre la nouvelle.
Augustin me regarde et ses yeux sont la terreur pure. Il ne veut pas, pas bouger.
Un ordre, c’est un ordre, alors il rampe.
Au passage, il effleure ma main et je sens qu’il sait.

Il sait et je sais aussi.
Je chiale.
Il rampe, il s’applique et puis il voit cette ouverture dans le talus.
Il se lève et il court.
Un mètre, trois mètres, cinq…
Il tombe.
Il est 10H45…

Je hurle ma douleur.
“Augustin!”

Hommage à Augustin Trebuchon, le dernier tué français de la grande guerre, celle qui devait être la der des der. Sur sa tombe, non loin du lieu où il trouva la mort, est inscrit la date du 10 Novembre 1918. Par décision, par dérision de l’état-major, personne n’est tombé le 11, à 15 minutes de la fin des combats. A travers lui, je voudrais honorer toutes les victimes inutiles de toutes les guerres…

FIN

Augustin Trebuchon par Thierry Benquey est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

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Image – National library of australia – licence :

Cette nouvelle est disponible en format pdf et en format ebook.

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