
Un être qui m’était cher de son vivant, et qui ne m’a pas quitté depuis sa mort. Mon père… Je crois que j’écrivais pour lui, comme un gamin voudrait montrer ce qu’il sait faire… « Que tu sois fier… »… Il ne m’a jamais lu. Mes écrits ne me paraissaient pas dignes de lui, je leur voulais plus de force, plus de caractère, plus de fierté… Je leur voulais des choses qu’ils n’auront jamais…
Ça n’empêche pas la vie de s’en aller, les hommes de mourir, les jours de s’effacer… Vers la fin, nous qui ne nous l’étions jamais dit, au lieu de nous en faire l’aveu tardif, balbutiement ridicule d’un amour filial évident, nous avons fait comme nous avions toujours fait : un regard, un sourire… Et pour moi, un billet, sur lequel je lui disais comme j’avais su entendre au cœur de ses silences, et comme j’espérais, comme je savais qu’il avait entendu au creux des miens.
A présent qu’il n’est plus, il m’arrive souvent de le revoir en moi. Des choses anodines : un mouvement, un mot, une posture. Des riens, des petits riens. D’infinis trésors…
A mon père, donc…
Voir tes mains…
Voir tes mains s’éloigner,
ton sourire au bout des silences,
ces mots qui volaient dans tes yeux
et tous les miens qui leur ressemblent
mais
voir tes mains s’éloigner…
Parler aux évidences
de tous ces jours qui se font vieux,
mon souffle et mes lèvres qui tremblent
de
voir tes mains s’éloigner…Souvenirs résignés
comme au chant usé d’un vinyle,
comme un vieux film en vidéo,
en ma frémissante mémoire
qui
voit tes mains s’éloigner…
Ton image fragile
comme danse un reflet dans l’eau,
et déjà la fin de l’histoire
qui
voit tes mains s’éloigner…C’est de l’amour gagné,
et tout le chagrin en hommage
pour ces soirs passés entre nous
avant l’heure qui abandonne
et
voit tes mains s’éloigner…
A la fin du voyage,
tout ce qui nous reste, c’est fou…
je t’aime tant que je m’étonne
de
voir tes mains s’éloigner…Bifane
Image – 2002 – Ulli F. Engel – licence :













[...] la suite : Guest : Bifane Cet article est sur : Le blog de Thierry [...]
Magnifique de texte et de rythme!
Bravo!
et parfois ces mains se posent sur notre épaule, si présentes, et quand nous tournons la tête pour embrasser cet être familier…nous nous réveillons.
@ Véronique : Oh, merci Véronique.
Je passe te remercier, Thierry, pour cet article. Comme j’en suis le sujet, tu comprendras que je ne trouve pas grand’ chose à dire de plus. Mais c’est une agréable surprise que de lire ta présentation, et j’aime bien l’image que tu as choisie pour illustrer mes mots.
Bonne soirée, et à bientôt !
Bifane
@ Biifane : J’ai eu bien du mal à la trouver et puis en faisant une recherche sur Hände, la révélation. Au début je voulais une main tatouée ou une main très marquée parce que je trouve qu’on peut lire les mains comme des livres. Je comprends que tu ne trouves rien à dire sur un article qui parle de toi, j’éprouve la meme chose. Amitié et bonne soirée. Thierry
Bonjour Thierry,
Ce texte est délicieux par les images qu’il transporte ( comme un chant usé d’un vinyle ), ( ton sourire au bout des silences ).
Bifane est un véritable poète dont les mots sont chargés d’une sensibilité aigüe.
La beauté des phrases contient beaucoup d’amour pour ce père disparu.
L’auteur de ce magnifique poème mérite toute notre attention pour le lire.
Bravo Thierry, pour le choix de la représentation des mains. Cette image se marie bien avec ce texte superbe.
Amitié.
dédé.
@ Dédé : Merci mon ami. Je vous le présente, à vous de faire. Amitié. Thierry
Bonjour j’ai pu lire par hasard quelques écrits de Bifane sur le net.
C’type il a du style, ça serait-y bien que j’en puisse y voir davantage fichtre.
Je viens de découvrir ici qu’il avait un siteweb or on ne peut plus accéder. Y aurait-il un autre lien SVP? Merci
@ Nyroca : Bonjour, j’ai constaté également le départ virtuel de Bifane. J’aime aussi ses textes mais à présent il demeure introuvable sur internet. Ce n’est pas la première qu’il avait l’intention de disparaitre mais cette fois il l’a fait. Dommage non ? Je pense qu’il reviendra. Au plaisir. Thierry