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28 janvier, 2009

Les mains

Bifane est arrivé chez moi sur le texte « Déchirures » qui comme son titre l’indique évoque mes déchirures. Son commentaire m’a touché, comme souvent les commentaires sur ce texte, par l’émotion qui s’en échappait et qui était palpable. C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés, portés par la vague des sentiments. Par la suite, j’ai été voir son blog, j’ai lu ses poèmes qui m’ont parlé par la beauté des images et surtout la simplicité du mot. Je suis un barbare pour tout vous dire et lorsqu’il me faut prendre un dictionnaire pour comprendre un mot qui sied à la rime, mon cœur de sauvage s’insurge et j’ai bien du mal par la suite à continuer la lecture. Non pas que je sois hermétique à tout apport, que je sois fermé à la connaissance. Non, simplement je le suis aux règles qui régissent la poésie et si le nombre de pieds que l’on peut trouver sur un scolopendre éveille ma curiosité, il n’en va pas de même avec la poésie. Découvrez donc cet homme qui peint le ciel avec des mots et qui me fait l’honneur de me confier un texte inédit.

 

Un être qui m’était cher de son vivant, et qui ne m’a pas quitté depuis sa mort. Mon père… Je crois que j’écrivais pour lui, comme un gamin voudrait montrer ce qu’il sait faire… « Que tu sois fier… »… Il ne m’a jamais lu. Mes écrits ne me paraissaient pas dignes de lui, je leur voulais plus de force, plus de caractère, plus de fierté… Je leur voulais des choses qu’ils n’auront jamais…

Ça n’empêche pas la vie de s’en aller, les hommes de mourir, les jours de s’effacer… Vers la fin, nous qui ne nous l’étions jamais dit, au lieu de nous en faire l’aveu tardif, balbutiement ridicule d’un amour filial évident, nous avons fait comme nous avions toujours fait : un regard, un sourire… Et pour moi, un billet, sur lequel je lui disais comme j’avais su entendre au cœur de ses silences, et comme j’espérais, comme je savais qu’il avait entendu au creux des miens.

A présent qu’il n’est plus, il m’arrive souvent de le revoir en moi. Des choses anodines : un mouvement, un mot, une posture. Des riens, des petits riens. D’infinis trésors…

A mon père, donc…

Voir tes mains…

Voir tes mains s’éloigner,
ton sourire au bout des silences,
ces mots qui volaient dans tes yeux
et tous les miens qui leur ressemblent
mais
voir tes mains s’éloigner…
Parler aux évidences
de tous ces jours qui se font vieux,
mon souffle et mes lèvres qui tremblent
de
voir tes mains s’éloigner…

Souvenirs résignés
comme au chant usé d’un vinyle,
comme un vieux film en vidéo,
en ma frémissante mémoire
qui
voit tes mains s’éloigner…
Ton image fragile
comme danse un reflet dans l’eau,
et déjà la fin de l’histoire
qui
voit tes mains s’éloigner…

C’est de l’amour gagné,
et tout le chagrin en hommage
pour ces soirs passés entre nous
avant l’heure qui abandonne
et
voit tes mains s’éloigner…
A la fin du voyage,
tout ce qui nous reste, c’est fou…
je t’aime tant que je m’étonne
de
voir tes mains s’éloigner…

Bifane

 

Image – 2002 – Ulli F. Engel – licence :

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