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27 mai, 2008

Un texte écrit dans le cadre du “défi de mai” sur le site de la société de la rose. Pour voir les textes des autres concurrents, cliquez Blog société de la rose.

Histoire d’eau.

Eau une vague

Je longe la plage, le bruit du ressac me berce.
Je voudrais dormir mais je marche.
C’est terrible d’être si près de cette immensité d’eau et de mourir de soif.
Ma gourde sonne à chaque pas, me rappelant le tragique de ma situation.
Elle contient une goutte, ma dernière goutte.

La vie, la mort, l’eau…
Qui aurait cru, lorsqu’enfant nous ruisselions de l’eau du bain, qu’elle viendrait à manquer.

La « révolution climatique ».
Personne ne voulait concéder un petit sacrifice de confort, de notre modernité morbide et suicidaire afin de sauver ce qui nous restait de climat.
Moi même, je lavais volontiers la voiture de papa pour quelques pièces qui me permettaient d’acquérir les carambars convoités.
Je me revois interrompant mes jeux pour boire cette eau qui coulait du robinet comme de source.
J’aimais courir dans les champs lorsque les systèmes d’irrigation pillaient l’eau de ma terre pour créer une pluie artificielle et je riais de traverser les arcs-en-ciel.

Ma langue est gonflée et me fait mal.
La pierre plate que j’ai déposé dans ma bouche hier, n’est plus mon amie.
J’ai soif…
Je longe la plage pour trouver de l’eau, elle est censée se réfugier dans les bras accueillants de la mer.
La mer nourricière qui était devenue notre pire ennemie sans même la voir.

Les scientifiques nous disaient, le niveau des océans va monter, de quelques centimètres à quelques mètres.
C’est la faute à la fonte des glaces, ces glaces qui s’étaient réfugiées dans des endroits où je n’ai jamais mis les pieds.
La chaleur augmentera le phénomène, les eaux se dilatant.
Ils avaient raison mais leur voix nous parvenaient comme le bruit du vol d’un moustique, promesse de démangeaisons, de désagréments mais pas une promesse de mort.
Et pourtant, insidieusement, la mer rampait sous la côte et se mélangeait aux nappes phréatiques.
Ironie de l’histoire, celles-ci étaient polluées des pires pesticides mais nous avions, jusqu’à cet instant, bien mieux toléré nos poisons que le sel de la vie.

Je pose mon sac, ma gourde et je me plonge dans cette eau interdite.
Une mort atroce que la déshydratation par le sel. Il est sournois le sel et notre corps est si fragile. Il descend jusqu’aux intestins et les vident de leur réserve d’eau. Tu crèves de la soif de tes intestins qui ne peuvent plus transporter tes déchets et t’emportent sur le chemin des douleurs réservées aux enfers.
L’eau effleure mes lèvres et elles s’entrouvrent.
L’eau franchit le barrage de mes dents et inonde ma bouche.
Cette fraîcheur…
Mais le sel attaque les blessures de ma langue et la fraîcheur devient des flammes ardentes, de celles qui m’attendent lorsque j’aurai quitté ce monde.
Une éducation basée sur l’enfer et le paradis.
Je ris.
Le paradis nous l’avons détruit et l’enfer nous l’avons créé !

Je reprends mon équipement et la marche.
Tout est jaune ou brun, les végétaux brûlés par le sel et le soleil.
Tout est bleu, bleu de l’océan et celui du ciel.
Je marche.

Je ne sais même pas pourquoi je suis ici et si seul.
Nous étions encore nombreux il y a si peu de temps.

Suis-je le dernier homme ?

Nous avions combattu, pas question pour l’humanité de périr sans combattre. Nous nous étions seulement trompé d’ennemi. Nous étions l’ennemi.
Nous avions transformé les déserts en forêts immenses. Nous étions fiers et arrogants.
Cette fierté et cette arrogance s’évaporaient comme nos réserves aquifères lorsque nous avions découvert que les poussières du désert permettaient à la pluie de condenser dans les nuages et de fertiliser la terre qui n’était plus notre mère.
Nous avions souillé, violenté et puis assassiné notre mère.

Là, une ruine.
Je vais faire une pause à l’ombre.
Je n’en peux plus, j’ai soif, tellement soif.
J’ouvre ma gourde et la fait tournoyer du poignet, espérant qu’un miracle s’était produit, que j’entendrai le bruit si familier de l’eau, que je sentirai son inertie.
Rien, juste cette goutte, ma dernière goutte…

Je crache la pierre et le sang.

C’est une grosse goutte.

Je la vois dans le goulot, elle m’appelle et elle rit.
Elle me dit qu’elle m’aime.

Je t’aime moi aussi.

FIN

Eau douce

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