La Béatrice. FIN
Dans la cale, je bute sur le corps de Raymond, le crâne défoncé, sa cervelle répartie sur la glace.
Je vomis.
“Jean-Mariiiie ! Putain Jean-Marie il va me tuer cet enculé !”
Je ne sais plus où aller, les possibilités de se cacher sont très réduites sur la Béatrice.
J’entends des pas lourds sur le pont, Jean-Louis ?
Je prends mon couteau prêt à vendre chèrement ma vie.
C’est François qui apparaît…
“Mouss ?”
“François, pitié ! Aide-moi, Jean-Louis veut me tuer. Regarde ! Il a déjà refroidi Raymond…”
“Viens Mouss, on va chercher Jean-Marie. Range ton couteau !”
Nous montons sur le pont, pas de traces de Jean-Louis…
Nous nous dirigeons vers la timonerie, personne…
Il est dans le carré en train de boire.
Quand il nous voit, une lueur sauvage brille dans ses yeux.
Il a pris goût au meurtre.
Il se saisit de la clef anglaise et se précipite vers nous.
Nous refluons vivement vers l’extérieur.
François glisse et s’affale sur le pont.
Jean-Louis en profite pour me coincer sur un des panneaux du chalut.
Il me maintient fermement et lève la clef…
“Toi crevure, je le fais pour le plaisir et pour nettoyer le pays !”
Il s’effondre en beuglant. Un jet de sang qui monte à deux mètres s’échappe de la plaie à l’épaule. François vient de lui asséner un redoutable coup de hachette, celle qui sert à couper un cordage dans l’urgence. Il vient de me sauver la vie.
Le corps de Jean-Louis trésaille encore un peu et puis c’est fini, il ne bouge plus.
C’est un cauchemar…
Lepetit m’aide à me tenir debout, mes jambes tremblent. Je crois que je vais m’évanouir. Nous descendons dans le carré. Il me sert un verre d’alcool. La chaleur du breuvage se répand rapidement dans mon organisme. C’est bon…
“Mouss. Il faut que je te dises…”
“Ouais, on va ramener la Béatrice et puis on ira voir les flics.”
La crispation soudaine de mon sauveur hurle dans mon cerveau comme un alarme.
“Non, je voulais te dire que je voulais pas lui faire de mal à la petite…”
“Hein ?”
“Je voulais juste lui faire plaisir, me faire plaisir, nous faire plaisir. Je l’ai rencontrée hier soir sur le port, elle venait de quitter Raymond. Elle me souriait quand je me suis approché. Je l’ai invité à prendre un verre et puis un autre et encore un autre. Quand nous avons quitté le bar, nous étions déjà bien allumé. Elle riait et je la trouvais belle alors j’ai voulu l’embrasser. Elle a crié… Alors j’ai eu peur et je l’ai frappé. Elle est tombée et je l’ai emmené dans un bateau à quai pour le sablage. Elle sentait bon et je ne sais pas ce qui m’a pris, je lui ai enlevé sa culotte. Elle ne bougeait toujours pas alors je l’ai prise…”
“Tu l’as quoi ?”
“Je lui ai fait l’amour et pendant ce temps elle s’est réveillée et elle m’a frappé. Nous avons lutté un moment et puis moi en elle, je trouvais ça bien…”
“T’es pas bien François ! Putain t’es malade…”
“Quand elle a crié, j’ai eu peur alors j’ai mis ma grosse main sur sa bouche et puis son nez et après elle bougeait plus ! Elle était morte, Mouss ! Je l’ai tué… Après je l’ai jeter à l’eau là où je savais que le courant emporterait son…”
Une ombre jaillit de nulle part s’abat sur la tête de Lepetit.
Jean-Marie était sorti de sa torpeur pour entendre les aveux de François.
Il le prend sous les bras et le tire sur le pont.
“Jean-Marie qu’est ce que tu fais ? Laisse nous rentrer et le livrer aux flics !”
“Mouss ! Dégage !”
Jean-Marie enroule une fune autour du cou de François et se dirige vers les commandes du chalut.
“Jean-Marie, fais pas de conneries ! Arrête !”
Un coin sombre du port de Dunkerque…
“Il m’envoie valdinguer, ma tête heurte quelque chose de dur et je perds connaissance. Quand je me suis réveillé, la vedette des affaires maritimes approchait et je voyais François pendu. Je ne sais pas ce que Jean-Marie est devenu.”
“Au moins, tu as de la suite dans les idées, il faut reconnaître que ça parait crédible ton histoire…”
“Sur la tête de ma mère, je te jure que c’est vrai !”
“Combien de fois j’ai déjà entendu cette phrase… On va te remettre en cellule jusqu’à la fin de ta garde à vue et puis tu verras le juge. Il décidera de ton sort.”
En cellule…
Je pense à ce cauchemar et à mon Jean-Marie.
Je crois bien qu’ils vont me mettre toute cette histoire sur le dos !
Je sortirais jamais de zonzon…
Je suis arabe et mon seul témoin est une morte…
J’ai aucune chance…
De l’autre coté de la porte…
“Pourquoi tu lui as pas dit qu’on avait retrouvé le Jean-Marie et que les résultats des analyses de sperme confirmaient sa version ?”
“J’peux pas les blairer, s’il est pas content, il a qu’a retourner au bled !”
“T’es con quand même avec ça ! D’abord c’est un fils de Harki, pour lui le bled c’est Fosses…”
FIN
Retour à la rubrique : “Tu m’inspires !”



Véritable cauchemar!
Comme si çà ne suffisait pas, la bêtise humaine s’en mêle…comme çà, sans raison.
Le pire c’est que la fin a un accent de vérité….
[...] La Béatrice. Finwww.tby-liber.com/blogfr/?p=111 par wasicu il y a quelques secondes [...]
Lubesac a raison: “véritable cauchemar”!!
J’ai donc pris le temps de te lire.
Je ne suis pas un spécialiste des analyses détaillées.
Ce que je peux te dire c’est que j’ai aimé ton style, la progression dans le récit.
C’est un plaisir de te lire!
A très bientôt
Alexandre
et voilà d’une histoire au long cours, tu rattrapes l’Histoire, Manchette savait raconter ces histoires microscopiques terribles de l’Humanité, oui, c’est un gros compliment à toi, Thierry.
ps : j’aime BEAUCOUP la peinture de la femme au milieu des poissons.
par où commencer pour dire tout le plaisir que j’ai eu à lire “La Béatrice” ?
Ton talent de narrateur tout d’abord. Tu atteins une telle maitrise, impose un tel rythme à ta nouvelle que ton lecteur est pris à la gorge et ne lâche rien avant d’avoir terminé. Ta trouvaille narratologique, déplacer le lieu de l’action et le point de vue du narrateur y participe. Ton lecteur a le sentiment d’être omniscient.
Le sujet ensuite. Ce huis-clos en pleine mer est oppressant à souhait, d’une violence fabuleuse qui va crescendo avec la mer, personnage à part entière. Tu en profites également pour combattre le racisme avec intelligence. la fin est en ce sens, abasourdissante et provoque la colère.
tes personnages sont vrais, bruts de décoffrage et le décor est planté dès les premiers mots.
Merci pour ce talent que nous offres.
Amitié.
PAT
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