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La bête. (12)

27 octobre 2008 3 commentaires

Monast&egravere serbe

A l’ouest, gare de l’est…

“Radovan !”
“Bojan ? Mon Bojan ? Bojan, mon frère mais qu’est ce que tu fais là ?”
“Je suis venu pour toi. Je ne voulais pas laisser ça à quelqu’un d’autre.”
“Pour moi ? Tu es armé ? Les autres sont morts ?”
“Oui, les autres sont partis. Ils ne veulent aucun témoin.”
“Mais toi alors ?”
“Je ne sais pas, je ne sais plus mon frère. Viens avec moi dans les toilettes !”
“Bojan. Au nom de tout ce que nous avons fait ensemble, je t’implore ! Pense à mes enfants. Pense à la Slovénie, la Croatie, le bourbier bosniaque et au Kosovo. Je suis le mari de ta soeur, le père de tes nièces…”
“…”
“Laisse moi partir, je vais disparaître…”
“Mais… Je ne peux pas…”
“Laisse moi vivre. Pense en homme pas en soldat. Que te dis ton coeur ?”
“Mon coeur me dit que c’est mal…”
“Je vais disparaître. C’est comme si j’étais mort, tu peux leur dire que tu m’as tué.”
“Arrête de pleurer. Toi aussi comporte toi en homme !”
“Je t’en suppliiiee.”

Un coup de feu.

Radovan contemple le cadavre de Bojan qui vient de se tirer une balle dans la tête. Il se rince les débris qui colle à son visage et s’enfuit.

A l’est…

La conversation avec la petite américaine est devenue délicieuse depuis qu’elle est tombée dans mes bras à la recherche du père protecteur. Sa soeur jumelle est plus réservée mais elle aussi vient chercher refuge dans mes bras lorsqu’elle est triste.
Mon coeur chavire lorsque je respire leur parfum. Elles sont si… Confiantes, fragiles, abandonnées. Elles sont si délicieuses.
J’ai appris que la petite est roumaine, les racines latines de son langage me sont facilement identifiable ainsi que les “ou” qui se retrouvent dans tant de ses mots. Malgré tout, nous n’arrivons pas à communiquer verbalement et nous nous contentons de contacts physiques et de signes.
Il faut dire que les journées sont longues à en mourir ici.
Pour les repas, apparaissent des hommes bizarrement vêtus qui nous déposent des plateaux sans un mot. A en juger par leur accoutrement et les lourdes croix qu’ils portent, je pense que ce sont des moines orthodoxes.
La petite roumaine communique avec l’un d’entre eux. Malheureusement en roumain bien sûr aussi je ne peux savoir ce qu’ils se disent.
L’américaine qui s’appelle Sophia m’a dit qu’elles étaient soeurs jumelles mais que ses parents naturels l’avaient abandonné lorsqu’elle avait trois ans et qu’elle avait été adoptée par un couple d’américains. Une pratique très courante après la mort de Ceauşescu et ces reportages déchirants sur les orphelinats roumains. Elle possède encore les rudiments de leur langue maternelle, le tsigane et elles passent de long moment à essayer de communiquer.
Je n’ai aucune idée de ce qui se passe et de ce que veulent ceux qui m’ont enlevé.
Parfois, je pense à cette soirée maudite et je revois le visage surpris de Jean-Louis quand la balle lui traversait le front.
Aujourd’hui, un des moines est venu et m’a apporté un petit flacon. A grand renfort de signes que je ne pouvais pas ne pas comprendre, il m’a montré que le flacon devait recueillir un échantillon de mon sperme. C’est rouge comme un coquelicot qu’il m’a quitté.
Je me demande si je dois faire…
Peut-être veulent-ils envoyer une trace génétique en France pour prouver qu’ils me détiennent…
Un moyen plus soft que de leur envoyer un doigt…
Me rappelant de la violence de la nuit de mon élection, je pense que je vais faire ce qu’ils demandent.

A l’ouest…

“Monsieur le ministre, vous avez demandé d’être informé de toutes nouveautés sur la piste serbe et j’ai là une information de la plus grande importance. Un homme qui prétend se nommer Radovan s’est livré à nos services en déclarant qu’il craignait pour sa vie et qu’il était le coordinateur des attentats.”
“Je veux le voir tout de suite !”

A l’est…

“Métropolite ?”
“Oui parlez mon ami.”
“L’équipe américaine a fini son travail mais ils me rapportent que Bojan c’est suicidé.”
“Suicidé ?”
“Moi aussi j’ai du mal à y croire. Quoiqu’il en soit, s’il ne s’est pas donné la mort, ce dont je doute de la part d’un croyant comme lui, c’est que celui qu’il voulait éliminer a été plus rapide. Nous avons donc un survivant de l’opération en France.”
“Malheur ! Qu’est ce que vous suggérez ?”
“Je vous propose de déménager nos amis dans un autre monastère.”
“Bien ! Lequel ?”
“Le monastère patriarcal de Pec…”
“Mais c’est au Kosovo !”
“Oui, et bien gardé par les italiens de la KFOR. De plus, il n’y a là-bas que des soeurs et je pense qu’elles pourraient nous être utile avec les filles. Personne ne soupçonnera que des soeurs puissent avoir affaire avec une activité criminelle. J’aurai besoin de l’autorisation du Patriarche.”
“Vous l’avez, je m’en charge. Archimandrite, votre plan, si je ne vous connaissais pas, je l’aurai qualifié de diabolique.”
“Merci Métropolite. Je prends les dispositions nécessaire à son accomplissement. Ah oui, j’oubliais le plus important. La qualité de son sperme est irréprochable.”

A suivre…

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Références pour cette article

  1. Référence n°1
    http://www.wikio.fr/vote
  2. Référence n°2
    http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/

3 Commentaires »

  • Patrick dit:

    J’apprécie la dextérité avec laquelle tu conduis ta nouvelle, évitant les pièges des multiples intrigues, captivant ton lecteur avec maestria.
    Impossible de lâcher prise. Ton écriture agit comme une drogue et nous rend dépendant…
    Amitié.
    PAT

  • dédé dit:

    Bonjour Thierry,

    Difficiles communications entre les jumelles et le président. Ce dernier possède les graines génitrices de la vie, d’une qualité irréprochable.
    L’auteur cite des évênements historiques qui renforcent ses écrits d’un réalisme saisissant.
    Amitié.
    dédé.

  • tby (author) dit:

    @dédé: Merci Dédé pour ce que tu as entrepris, remettre les commentaires volatilisés par les problèmes de DB. Je voulais juste te dire que vos commentaires ne sont pas affichés ici comme des trophées dans le salon d’un chasseur mais qu’ils illuminent ma vie d’auteur l’instant où je les découvre.
    Merci pour tes efforts et amitié
    Thierry

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