La bête. (14)

A l’est, ministère de l’intérieur…
“Mon cher ami. J’ai le nom qu’il nous manquait : Aleksandar Bojan Misic !”
“Venez avec moi, nous allons regarder sur notre ordinateur ce que nous avons sur cet homme. Son nom ne m’est pas familier mais pas inconnu.”
“Voilà, votre Bojan est en fait le chef de la branche militaire des gardes et bien entendu, il était suivi.”
“Pouvons nous voir les rapports ?”
“Oui, bien entendu. Je les fais monter dans les minutes qui suivent. Vous aurez encore besoin de mes services ?”
“Oh, je vous remercie mais je crois que je travaillerai plus facilement avec le secrétaire personnel du président. Sa connaissance de ma langue est excellente, sans vouloir vous offenser.”
“Je comprends, je comprends et ne vous en tiens pas rigueur. Mes années d’étudiant à Paris sont vraiment bien lointaines. Sachez seulement que je vous soutiendrai à 100% dans la lutte contre la racaille nationaliste, les responsables du peu qui reste à gérer de notre pays. Sachez aussi qu’ici, les murs ont des oreilles. Emportez ces dossiers avec vous dans les locaux de l’ambassade et passez vous des services du secrétaire personnel de mon cher président…”
“Merci de ce conseil. Je n’osais vous le demander.”
A l’est, un poste de contrôle de la KFOR.
“Bongiorno ! Vos papiers !”
“Bonjour, un instant… Voilà.”
“Nous voudrions voir votre chargement s’il vous plaît. Veuillez soulever la bâche.”
“Je descends…”
Je soulève la bâche en douceur. Les italiens se crispent en voyant que des gens sont assis là. Ils se relâchent en réalisant que ce sont des moines.
L’un d’eux monte dans le camion.
“Vos papiers !”
Après son contrôle des identités, il redescend en conservant les documents et va parler à son officier. Celui-ci se dirige vers moi.
“Pourriez-vous ouvrir les trois caisses ?”
“Excusez moi, euh… Lieutenant ?”
“Sergent, sergent.”
“Ce sont des effets personnels de notre patriarche. Vous savez qu’il s’agit de son monastère. Il sent sa mort prochaine et voudrait se retirer prochainement ici. Nous préparons sa venue. Regardez voilà les papiers, la lettre du patriarche, celle du ministère serbe, celle de la nouvelle administration du Kosovo et enfin l’autorisation du quartier général de la KFOR.”
“Bien, vous permettez ?”
Il emmène les documents et passe un long moment à communiquer avec ses supérieurs par radio.
“Pouvez vous m’expliquer pourquoi vous circulez dans un camion du Kosovo, conduit par des albanais ?”
“Sergent, nous avons traversé des régions que même la KFOR considère comme dangereuse. Avec un camion immatriculé en Serbie, nous ne serions jamais arrivé jusqu’ici.”
“Bien. Voilà vos documents et vous pouvez passer.”
Je le bénis, sachant combien les italiens apprécient ce geste.
Je retourne dans le camion et nous repartons.
Le monastère est déjà en vue.
Jamais ils ne penseront que nous sommes venus nous réfugier sous leur nez.
C’est bientôt fini, enfin j’espère.
Les soeurs ont préparé un appartement confortable pour nos invités, bien plus que la cave aménagée.
Je prie pour que cet homme réalise enfin ce que nous attendons de lui.
A l’est, devant le monastère de l’Archimandrite.
Des projecteurs éclairent le monastère. Ils sont encerclés.
Je vais exploser dans mon coin, la Laroche est d’un calme royal elle. Les serbes n’ont pas autorisé une intervention des français.
“Vous êtes des observateurs. Si je vous laisse prendre part à l’assaut, j’aurai une révolution sur les bras. Il s’agit de notre sainte église.”
Un hélicoptère survole les lieux, on se croirait dans une série américaine. Tout y est, sauf le langage.
Un responsable de la police serbe demande qu’on ouvre la porte en menaçant probablement de donner l’assaut.
La porte s’ouvre sur un moine tremblant et les hommes casqués, masqués et armés jusqu’aux dents se précipitent à l’intérieur.
“Calme toi Remy.”
“T’en as de bonne Laroche. C’est comme ça que j’ai été dressé moi.”
“Dressé. Tu en as des expressions. Laisse les faire leur travail, les observateurs pourront entrer dès que la zone est sécurisée.”
“Pourquoi ? Tu leur fais confiance toi ?”
“Non, mais nous n’avons pas le choix et puis tu auras droit à ton petit plaisir personnel lorsque nous aurons localisé et sauvé le président.”
“Tuer ne m’a jamais procuré du plaisir pauvre conne ! Tu sais pas que j’ai perdu un neveu place de la Concorde.”
Mademoiselle Laroche ne savait pas, elle pâlit.
“Pardonne moi Jean. Sincèrement… Je ne savais pas et puis j’en ai assez de la cuisine serbe, pas toi ?”
Je souris, non sans tripoter nerveusement la crosse de mon arme.
Après une éternité, un policier fait signe d’entrer.
“T’as vu sa tête ? Je crois bien que les oiseaux se sont envolés.”
“Tu vois qu’on peut pas leur faire confiance.”
“Je sais…”
Références pour cette article
- Référence n°1
http://www.wikio.fr/vote - Référence n°2
http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/





Les allers-retours entre les différents lieux donnent du relief à ta nouvelle tout en ménageant l’intrigue avec ingéniosité. Les clés que tu nous proposes ouvrent des portes mais le mystère demeure total même si par instants nous apercevons la lumière.
Tes personnages sont réels, ont de la consistance et tu rends bien toute l’ambiguïté qui les anime. Tes descriptions sonnent vraies et tes dialogues sont une réussite.
la suite…
Amitié.
PAT
Bonjour Thierry,
Le poste de contrôle de la KFOR est une véritable passoire.
L’autur nous transporte d’Est en Ouest, et inversement, en menant son histoire avec une totale maîtrise.
Amitié.
dédé.
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