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02 avril, 2009

La route

Je viens juste de tourner la dernière page de «La route» de Cormac Mc Carthy. J’ai acheté ce livre parce que mon ami Patrick Fort le recommandait. Ce fut une aventure, je l’ai commandé avant Noël et je l’ai reçu à la mi-mars. Dans le fin fond de ma campagne est-allemande, il m’est très difficile d’obtenir des livres en français. Des livres en russe ou en anglais, dans les quarante-huit heures, mais c’est où la France et puis surtout ça parle de quoi ? Passons…

Cette lecture m’a été difficile au début, ce monde à l’agonie, cette froideur persistante et ces cendres omniprésentes. Puis, les dialogues entre le père et l’enfant m’ont accroché. Je suis le père de deux enfants et j’y retrouvais avec plaisir la simplicité des dialogues que l’on peut avoir avec eux. Je ne sais pas ce qu’éprouverait une mère à la lecture de ce roman mais pour moi, ce fut avec une facilité étonnante que je me retrouvais dans la peau du papa. J’étais pour ainsi dire téléporté.

En progressant dans la lecture, je retrouvais cette impression de «pénible» devant l’impasse dans laquelle se trouvait ce couple. Pas une lueur d’espoir, les seules rencontres avaient des implications cruelles, voire mortelles. Un monde sans animaux et sans végétaux où les débris de l’humanité sont, dans tous les sens du terme, la seule nourriture. La déception si simplement évoquée de l’arrivée en bord de mer, une déception de plus. «Non, elle n’est pas bleue…»

En fait, je me suis rendu compte que la vanité de leur fuite m’angoissait et je me suis mis à réfléchir pour savoir si l’attitude de la mère n’était pas la plus correcte. Il va sans dire que lorsque vous vous posez ce genre de question pendant la lecture d’un livre, c’est que vous êtes déjà pris dans les mailles du filet.

La route, c’est le voyage, c’est la clef de l’ailleurs, lequel ne peut qu’être au pire que différent et au mieux meilleur qu’ici. La route c’est déjà la frontière, avec tout ce que ce mot implique. La route que l’on a longtemps cru avoir été inventée par les romains pour envoyer leurs légions plus vite et plus loin et que les études les plus récentes nous révèlent avoir déjà été inventée par les celtes afin de créer des axes commerciaux. Ceux-ci les ayant fabriqué en bois, on vient d’en retrouver les restes dans des tourbières, le seul lieu où elles n’ont pu être recyclées par la nature.

Chacun utilise la route selon ses désirs, les romains pour la conquête, les celtes pour le commerce, ma mère pour la fuite pendant la guerre, moi pour le voyage, l’aventure et les plaisirs lié à celui-ci. La route c’est l’inconnu qui s’offre à toi, avec ou sans ton assentiment.

La route c’est le périple de ces deux êtres fragiles qui combattent pour garder l’espoir. La volonté de vivre de ce père, prêt à tout pour aller où ? Il n’a pas la réponse à cette question, son but c’est le sud, la chaleur. Il faut avancer, rester est dangereux. Il n’a qu’un but, honorable, c’est de sauver l’enfant quel qu’en soit le prix. C’est le petit finalement qui reste humain, comme seul savent le faire les enfants. C’est lui qui est la source de l’aller vers l’autre, de la compassion et de la chaleur humaine. Sans lui son père serait déjà mort ou pire devenu comme les autres, les méchants.

La fin est magnifique et j’ai chialé. Oui, je me suis de nouveau ouvert aux pleurs depuis la mort de mon fils. J’ai pleuré parce que j’aurai préféré partir à sa place, parce que les enfants sont l’avenir et que nous ne sommes qu’un présent bien éphémère.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Oh, pour une raison toute simple, parce que ce livre m’a plu, ému et transmis un message que je connaissais déjà. En effet, c’est ma grand-mère qui me disait toujours : «Tant qu’il y a de la vie, y a de l’espoir.»

Si vous lisez pour vibrer alors lisez «La route.»

Amitié.
Thierry

Image – Route de la Pierre Turquaise (Forêt de Carnelle) – Saint-Martin-du-Tertre (France) – Janvier 2007 – Clicsouris – licence :

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