Le contraire. Part 4

Lorsque Tom est dans la cuisine avec sa mère pour se restaurer, une voix se fait entendre dans le couloir.
“Coucou !”
“Papa !”
Notre chenapan se précipite et freine à la dernière seconde pour ne pas se jeter sur son père, en pompier et tout trempé.
“Je passe juste pour voir comment ça va à la maison, je retourne au travail tout de suite après…”
Tom fait la moue mais il se déride bien vite lorsque son père lui caresse la tête.
“Tu veux un café ?” Dit la maman.
“Oh oui, avec plaisir ! Même que si tu en avais une thermos pleine, je partagerai avec les copains pendant le retour. Tout va bien ici ? L’orage a été très violent et je me faisais du souci.”
“Oui, tout va bien, la petite dort et son chevalier est repu. Tu l’aurai vu ce petit homme faire face à l’orage et lui hurler de déguerpir. J’ai entendu la sirène alors je savais que tu viendrais. Qu’est-ce qui a brûlé ?”
“Le foin des Gerbot, presque toute la récolte. Lorsque nous sommes arrivés, le feu se rapprochait dangereusement des habitations mais la pluie nous a bien aidé. C’est probablement la foudre qui a déclenché l’incendie. Il se passe des choses bizarres parfois avec le feu. Nous avons retrouvé une tortue carbonisée à l’endroit où il s’est déclenché et elle était entourée d’un cercle presque parfait de cendre et d’herbe brûlée. Etrange non ? Peut-être que la foudre l’a frappé en premier…”
“Oui, étrange…”
“Le petit Gerbot, tu sais le benêt, il courrait partout à la recherche de sa tortue et personne n’a eu le coeur de lui dire que nous l’avions retrouvé…”
“Les pauvres Gerbot, le fils aîné qui…”
Tom n’écoute plus la conversation, il fixe son verre de jus de pomme et repense à cette phrase : “Une tortue carbonisée…”
Il était assez grand pour savoir ce que signifiait carbonisée et assez grand aussi pour savoir qu’il en était responsable…
“Je suis un meurtrier, un vrai ninja…” Pense-t-il.
Mais au fond de lui, il sait bien qu’il a fait quelque chose de mal, de très mal. Il a enlevé à l’idiot son seul compagnon, comme si on lui avait pris Jean-Louis, son meilleur copain à l’école.
Son coeur se ratatine et il éprouve une sincère douleur.
“Bon, j’y vais !”
La voix de papa le ramène dans la cuisine.
“C’était un animal stupide ! Pourquoi n’est-elle pas partie ?”
Mais au fond de lui, il sait bien pourquoi elle n’était pas partie. Elle avait peur de lui.
“Salut mon Tom, à demain matin ! A cause de cet incendie, il va me falloir travailler tard demain aussi, alors on se verra après-demain si tu veux bien ? Je suis désolé mais je n’avais pas prévu l’orage…”
“Moi non plus…” Pense Tom et il embrasse son père.
“Au revoir mon héros de pompier bénévole.” Dit sa mère en embrassant tendrement son mari.
Tom est songeur et sa maman le remarque bien.
“Tu es triste que papa ne puisse pas entreprendre quelque chose avec toi ?”
“Oui…” Répond Tom au bord des larmes.
“Viens là !”
Tom se plonge dans le parfum qui émane de la poitrine de sa mère. C’est comme un instant d’ivresse et il se sent mieux.
“Tu sais, tant que ta soeur dort, nous pouvons jouer aux cartes tous les deux ?”
“Tu veux pas plutôt jouer aux petits chevaux ?”
“Si, bien sûr !”
Les yeux de Tom pétillent de joie et il fonce chercher le jeu.
Ils jouent ainsi pendant des heures, maman y prenant autant de plaisir que Tom, même s’il serait bien difficile de le lui faire avouer.
Lorsque Jeanne se réveille, Tom va jouer avec elle à construire des châteaux en légo. Tom lui bâti les plus hautes tours qu’elle se fait un malin plaisir à détruire.
C’est le soir maintenant et après le souper, Tom décide d’aller lire. On entend de nouveau gronder le tonnerre et en cas d’orage, papa a interdit d’allumer la télé.
Tom se plonge dans le “Dernier des Mohicans”. Il aime plus que tout les livres sur les indiens, surtout parce qu’après il peut en parler longuement avec papa qui partage cette passion avec son fils.
L’orage est là maintenant et la lumière s’éteint.
Tom enrage mais se rend compte qu’il est finalement bien fatigué. Il pose alors son livre et tire les couvertures.
L’obscurité qui est propice à la pensée, le ramène vers les instants tragiques de cet après-midi et il est désolé pour la tortue de l’idiot…
Il pourrait peut-être lui en acheter une avec son argent de poche lors de la prochaine sortie en ville ?
Non, ce serait reconnaître sa culpabilité… Surtout que si tout le monde, à part Gerbot, se moquait bien de la tortue, la punition pour l’incendie serait probablement terrible.
“Tant pis pour Gerbot !”
Sur cette pensée, censée alléger sa peine, notre Tom s’endort malgré le tonnerre qui gronde et les flash des éclairs.
Dois-je vous préciser qu’il dort mal ?
Références pour cette article
- Référence n°1
http://www.wikio.fr/vote - Référence n°2
http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/





Une grande tendresse se dégage de cette 4ème partie et la phrase finale, cette interpellation du lecteur pour le prendre à témoin (l’ART DU CONTEUR)est une belle trouvaille. Tu parles de la culpabilité d’un enfant avec une grande finesse psychologique. Et le trouble qui s’immisce dans l’esprit est restitué avec simplicité et retenu. Le dialogue intérieur, ces interrogations douloureuses sont d’une sensibilité magnifique. Et une grande nostalgie m’a envahi lorsque tu as parlé du “dernier des mohicans”. Je donnerai tout pour redevenir un enfant, juste le temps de le relire.
je ne l’ai pas encore écrit en commentaires, mais tes photos sont superbes et restitue parfaitement l’ambiance de cette nouvelle et, au delà de ton univers (même la photo de la tortue…si…si…si, très symbolique la tortue…)
Amitié.
PAt
@Patrick -
Merci Pat, je ne doutais pas que la symbolique de la tortue ne t’échaperais pas.
Quant au dernier des Mohicans, j’ai ressenti la meme nostalgie, l’ayant lu dans mon enfance et déjà à l’époque j’avais du mal a ressentir quoique ce soit pour les anglais (rire) (sorry)
Amitié
Thierry
Le contraire. Part 4 | Esprit de mots, le blog de Thierry Benquey…
Tom apprend que la tortue de Gerbot est morte par sa faute… Sa première pensée : Je suis meurtrier, je suis un vrai ninja maintenant……
Tu as écrit un véritable roman, je vais aller voir la suite, car le petit Tom a bien des choses à se (faire) pardonner on dirait…
Bonjour Thierry,
Métamorphose habile dans la description de l’auteur, pour annoncer la prise de conscience de tom, du mal qu’il répand.
Le remord qui tourmente l’enfant est un écrit délicieux, où l’innocence du gosse se transforme en responsabilité et culpabilité.
Mené avec la finesse, digne d’un psychologue, l’auteur amène le petit Tom à désirer réparer ses fautes.
Amitié.
dédé.
@dédé -
Hehe je me raffine, je me raffine.
Merci Dédé de ta lecture soutenue
Amitié
Thierry
L’échelle des valeurs est différente entre enfants et adultes
La récolte de foin brûlée est moins une catastrophe que la tortue carbonisée.
Ah! que ces imprudences de l’innocence enfantine peuvent faire des ravages!
Mais enchainement des conséquences:le papa pompier surchargé de travail, çà, Tom ne l’avait pas prévu.
Où vas-tu chercher tout çà Thierry?
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