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Le contraire. Part 5

26 septembre 2008 10 commentaires

Tom se réveille soudain, un coup de tonnerre plus fort que les autres. A moitié endormi, il perçoit comme une présence au pied de son lit. Il a peur.
Un éclair illumine sa chambre pour une fraction de seconde et là, il voit distinctement un homme qui le regarde droit dans les yeux.
Tom ferme les siens, il voudrait hurler mais aucun son ne sort de sa bouche.
Lorsqu’il regarde de nouveau, il fait sombre et rien ne bouge. Il tremble de tout son corps mais commence à croire qu’il a rêvé.

La violence de l’orage est phénoménale. Ses volets, qu’il a laissé ouvert, claquent furieusement contre le mur. Le bruit de la pluie contre ses vitres sonne comme une menace, comme si une main géante cherchait à les traverser pour s’emparer de lui. Les hurlements du vent ressemblent à ceux de bêtes sauvages qui cherchent une proie dans la nuit.

Notre Tom est terrorisé et pense sérieusement à appeler ses parents à l’aide quand tout à coup, la lueur de la foudre lui révèle ce qu’il refusait de voir. Il y a bien un homme au pied de son lit.
Tout se fige, Tom aussi, son sang est glacé dans ses veines. Cet être qui est là dans sa chambre porte de longs cheveux tressés. Son visage est peint, une moitié noire parsemée de points blancs, l’autre moitié blanche parsemée de points noirs. Il croise les bras sur son torse noirci. Sur sa poitrine, Tom distingue des empreintes de mains et sur ses flancs de longs zigzags clairs. Il porte un pantalon en peau avec des franges sur les côtés. L’expression inoubliable de son visage est celle d’une moue dédaigneuse mais son regard est d’une dureté effroyable, plus dur que la pierre.

Le temps reprend son cours, Tom son souffle, prêt à hurler et la pièce redevient sombre pour s’éclairer à nouveau la seconde suivante. Plus rien… L’apparition terrifiante a disparu…

Tom retient son cri, il prend sa lampe de poche dans le tiroir de la table de nuit et l’allume. Sa chambre est de nouveau celle de tous les jours, son territoire, son refuge et rien ni personne n’est là pour troubler sa sérénité.
Dehors, l’orage s’éloigne, la pluie et le vent ont cessé.
Tom pense avoir fait un cauchemar et dans le faisceau rassurant de la lampe, cherche son doudou, le vieux doudou qu’il n’avait plus touché depuis trois ans.
Il se recouche, porte à son nez ce compagnon de toutes les misères et s’endort rapidement, rassuré par cette odeur familière.

Au matin, sa maman rentre dans la pièce.
“Tom, debout, il est dix heures ! J’espère que tu ne t’es pas enrhumé sous la pluie d’hier…”
Elle s’approche et lui dépose un baiser sur le front.
“Pas de fièvre, ouf ! Un enfant malade est amplement suffisant. Tu as repris ton doudou ? Tu as fait un cauchemar ?” Dit-elle dans un sourire.

Tom ouvre les yeux, heureux de voir ce visage familier et aimant dans la clarté matinale.
“Bonjour maman ! Je suis trop content de te voir. J’ai fait un cauch….”
A son grand étonnement, une grimace abominable efface le sourire de sa mère. Elle porte les mains à son nez, comme si une odeur atroce lui déchirait les narines. Ses yeux expriment le plus profond des dégoûts et elle s’en va.

“Maman ? Maman ?”

Tom se lève et la cherche du regard, elle a disparu… Notre jeune ami qui n’est pas bien réveillé ne réalise pas ce qui vient de se passer et va dans la salle de bain pour sa toilette.
L’image qu’il aperçoit dans le miroir est comme un coup de poing au visage.
De sa bouche s’écoule un fluide noir et épais dans lequel sont empêtrés quelques araignées et un scolopendre de bonne taille. Il se doute bien que l’odeur qui a chassé maman provient de ce liquide infâme.
Tom se nettoie la bouche à grande eau, dégoûté lui même par les créatures ignobles qui nagent maintenant dans le lavabo. Il se lave les dents plusieurs fois, usant la moitié du tube de dentifrice.

Tom ne comprend pas ce qui lui arrive et se dirige maintenant vers la chambre de Jeanne, toujours à la recherche de maman.
Sa petite soeur est là qui joue à câliner une poupée. Quand son regard se pose sur Tom, son expression de mère affairée disparaît pour faire place à un sourire lumineux et franc. Elle se lève et ouvre ses bras en grand pour recevoir le baiser matinal.
Tom, toujours contrarié par la disparition inexplicable de sa mère, lui demande :
“Tu as vu maman ?”
L’expression de bonheur intense de Jeanne se fige tout à coup. Des larmes jaillissent brusquement, elle vomit et file se cacher derrière son lit en pleurant bruyamment.

Tom sent qu’il va pleurer lui aussi quand il remarque que des gouttes tombent sur ses pieds nus. Lentement, il baisse la tête, craignant de savoir ce dont il s’agit…
Un fluide épais et noir…
Tom hurle alors de frayeur et de colère.

“Papa ! Maman ! Aidez moi !”

Personne ne lui répond. Jeanne n’est plus là.
Le silence de cette maison qui lui semble maintenant être hostile est terrifiant.
Tom pleure sans retenue, une tristesse qui vient du plus profond de son être.
Il est seul et abandonné…

Dans le brouillard de ses larmes, il se saisit de son sabre de ninja en plastique et sort.

Il se dirige vers la rivière, le village entier parait abandonné, comme si jamais personne n’avait vécu là.
Arrivé près du saule, il se lave abondamment dans le cours d’eau.
Il pleure, il beugle, il hurle sa frustration, sa tristesse, sa colère et son incompréhension.

“Tu peux continuer à pleurer si tu le désires, mais je t’en prie, un peu moins fort, je n’arrive plus à me concentrer !”

Tom se retourne, heureux d’entendre une voix.
Il pousse un cri de surprise et de peur.

C’est la tortue de Gerbot qui le toise d’un air contrarié…

A suivre…

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Références pour cette article

  1. Référence n°1
    http://www.wikio.fr/vote
  2. Référence n°2
    http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/

10 Commentaires »

  • Patrick dit:

    Génial. je n’ai rien vu venir. Le glissement sensible qui s’opérait dans les autres parties de ta nouvelle prend ici toute son ampleur. Cette intrusion du fantastique (comme j’aime bien faire mon intéressant, je précise que le fantastique par définition c’est quand des éléments inexpliqués perturbent le cours des choses et s’immiscent dans la réalité) est magistrale. le ton change, le “conte” tourne au “cauchemar”, nous perturbe car nous nous interrogeons. et les interventions du narrateur ont disparu, ses remarques ne sont plus là pour nous rassurer, nous pauvres lecteurs qui nos demandons ce qu’il va se passer.
    merci.
    amitié.
    PAT

  • tby (author) dit:

    @Patrick -
    Tes commentaires sont toujours un plaisir, ils sont pour moi une invitation à la lecture.
    Amitié
    Thierry

  • milady write dit:

    j’ai enfin rattrapé mon retard! pas de bête à torturer ni de feu ici? cauchemar? sûrment…

  • tby (author) dit:

    @milady write -
    Un cauchemar ?
    Va savoir…
    Sourire et amitié
    Un fan

  • tapemoi.com dit:

    Le contraire. Part 5 | Esprit de mots, le blog de Thierry Benquey…

    Un homme étrange et terrifiant se trouve dans la chambre de Tom. Après le monde n’est plus pareil mais que ce passe-t-il avec notre petit homme……

  • Véronique Grausseau dit:

    aïe aïe aïe, ça se précise…

  • sigouline dit:

    on retrouve tout ce qui te tient à coeur

  • tby (author) dit:

    @sigouline -
    Hehe merci du passage mon amie. Comme quoi on ne se refait pas. (sourire)
    Thierry

  • lubesac dit:

    Mohican, ninja, orage et tortue…tout se mélange et dans cet affreux cauchemar proche du réel se mêle l’oeil noir de la conscience.Et notre pauvre ninja se liquéfie car il est maudit.Parfois une lueur! maman puis Jeanne mais vite reviens la noirceur…
    Cauchemar, réalité? Difficile de savoir où est la limite

  • dédé dit:

    Bonjour Thierry,

    Le remord de l’enfant se métamorphose par un rejet physique et malodorant.
    Tom, le petit homme vit un véritable cauchemar sous la plume de son créateur talentueux.
    Amitié.
    dédé.

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