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07 novembre, 2009

couverture du livre le sang des chaines

Je viens de voir passer, presque à regrets, le point final du livre «Le sang des chaînes», écrit par mon ami Patrick Fort.

C’est un recueil de quatre de ses nouvelles que j’avais déjà lu sur le blog.

- Cagot !

Un mot sec, que l’on peut prononcer haineusement, il s’y prête bien, au cri, à l’injure, à l’ordurier mais aussi à la fierté, à l’identité et à la dignité.

Derrière ce mot une population de moins-que-rien, d’exclus, d’intouchables. Un système de caste bien de chez nous dont les raisons se perdent dans les puits noirs de l’Histoire.

Patrick commence sa nouvelle par une fuite, éperdue, sans issue peut-être, sans espoir sûrement. Peu à peu, nous comprenons le sens de la fuite, la patte d’oie, le signe de la honte comme tous les signes de la honte, les triangles roses ou les étoiles jaunes… L’amour interdit et impossible… La dignité retrouvée avec le bruit mat du marteau sur les chairs.

Patrick ou son héros, j’ai du mal parfois à distinguer l’auteur de sa créature tant la montagne et les lieux les rapprochent, nous font parcourir un lambeau de haine et un bout d’espoir d’un petit coin de Pyrénées. Il nous promène le long de cette palette de sens qui se trouve derrière le mot «Cagot», avec agilité, souplesse, manipulant nos sentiments, nous imposant des odeurs, des souvenirs peut-être ? Des images.

- Mort pour la France !

Parfois, je me pose des questions idiotes, par exemple, pourquoi le texte ne s’intitule pas Morts pour la France. Puis après réflexion et lecture, le singulier s’impose à moi comme une évidence : S’ils sont des millions a être morts pour la France, chacun l’a fait individuellement, avec la dose de courage, de sacrifice ou de malchance que cela implique. Mourir est quelque chose de très personnel.

Avec ce texte, Patrick nous ramène dans l’enfer des tranchées, dans un monde d’homme, comme si la vision du monde qu’ont les hommes ne pouvait qu’être celle de l’enfer. Sa narration ou plutôt celle de son héros est très réaliste et le tableau qui nous est offert est effrayant. Noirci ? Non, je suis fasciné par la guerre que je considère comme la plus grande absurdité jamais inventée par l’homme et toujours très bien documenté sur le sujet. Non, l’horreur décrite est frôlée, les détails étant laissé à votre imagination, une technique de maître qui me fait penser aux films d’Alfred Hitchcock. Le lecteur est témoin direct, il voit par les yeux du narrateur de la boue, des cadavres et des rats.

Rien de plus naturel, lorsque la révolte gronde, que de se positionner avec les rebelles, ces hommes courageux sur le champ de bataille comme ils sont courageux dans l’expression du refus.

Un vibrant hommage à ces combattants qui voulaient arrêter le massacre, avec ou sans idéologie, mais prêts à payer le prix fort. Merci Patrick, tu me rejoins là avec une guerre d’écart, un texte encore en gestation qui me poursuit depuis longtemps déjà et qui devrait traiter des vrais résistants allemands de la Wehrmacht : les déserteurs de la machine à tuer hitlérienne. Pas comme ces officiers prussiens incarnés par des Tom Cruise qui avaient senti le vent tourner, non, des hommes qui n’avaient rien à gagner à la résistance, si ce n’est ce dérisoire qui est de conserver leur dignité.

Faire son devoir… Oui, mais pas à n’importe quel prix.

- Grau de Gandia

Un texte qui me tient à cœur, c’est celui qui m’a permis de découvrir Patrick et ses œuvres, qui m’a possédé depuis le début et me possède encore.

La guerre d’Espagne est une guerre à part, c’est l’ouverture du bal d’un désastre qui marque l’humanité au fer rouge et qui conditionne encore notre vie de tous les jours.
C’est le combat des idéologues, un combat sans merci, sans pitié pour les civils, la naissance d’une vision de la guerre qui perdure jusqu’à aujourd’hui, même si les victimes de notre temps sont qualifiées de collatérales afin de réduire l’horreur en la cachant derrière un mot.

Nous sommes en Espagne, les fascistes sont victorieux sur tous les fronts et nous nous retrouvons dans une foule apeurée, affamée, épuisée et meurtrie. Un but commun : Sauver sa peau. C’est bien la seule communauté qu’ils peuvent former ces pauvres hères. Patrick nous fait visiter un destin, habiter une peau torturée par le souvenir et la guerre, un destin, un homme, notre lot commun. Pourtant, malgré un fort instinct de survie, cet homme prendra une décision capitale pour lui et pour deux autres personnes, une décision qui engendrera la vie, lui permettra de faire face à l’inéluctable et à lui-même. Un texte d’une force prenante et violente qui ne vous laissera en aucun cas indifférent.

- Le phare

Nous abandonnons la guerre, la haine de l’autre pour nous retrouver dans un texte étrange, presque dickien. (Philip K. Dick, mon auteur préféré devant tous les autres à part Boris Vian.)
Un homme prend ses fonctions de gardien de phare au Paradis, nous apprenons dans le texte que c’est la dénomination des phares se trouvant sur le continent. Pour lui, ce ne sera pas un paradis, un rêve peut-être ? Un cauchemar sûrement !

La violence n’est pas un cadeau exclusif à l’intention de nos pairs et surtout elle n’a pas besoin de s’incarner pour accomplir son ouvrage.

À lire sans réserves.

J’ai pris beaucoup de plaisir à relire ces textes dans la version imprimée, m’imprégnant des odeurs de l’encre et du papier, me penchant sur un mot, une tournure de phrase que le virtuel de mon écran plat m’avait fait survoler. La nouvelle prend vie sur le souvenir de l’arbre qu’est le livre, sur le vivant et sur la mort donc. Le livre nous apporte une nouvelle dimension et non des moindres, celle du TEMPS.

Merci Patrick pour tes écrits. Que nous puissions longtemps encore les dévorer, sur le blog ou en librairie.

Je vous invite à découvrir “les aventures de Jacques Gilbert” sur son blog. Un pur moment de plaisir et une inépuisable ressource de citations. Ici le lien de son plan du site afin de pouvoir déguster les autres textes de Patrick.

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