Métamorphose.

On se croise dans la rue et toi tu ne me vois pas !
Mais moi je te devines, je te soupèses derrière mes yeux fixés sur le vide.
D’ailleurs ils ne fixent le vide que pour toi !
En moi sont cachées des merveilles, des constellations inaccessibles, des trous noirs qui te feraient peur, des phoenix qui ne renaissent jamais de leurs cendres et des Babylones qui portent leurs décadences comme une parure.
C’est pas la vieillesse qui m’est tombée dessus, c’est moi qui me la suis accaparé.
Mes enfants sont grands et ils ne viennent plus.
Ils ne viennent plus depuis la mort de leur père lorsque mon rire dément faisait s’effondrer trente ans de mensonges.
Je n’ai connu que le pire, le meilleur était au fond de moi…
Je suis la catin de tes rêves les plus fous quand seul la nuit, tu mouilles ton lit.
Je suis l’incube et le succube qui grouillent dans ton armoire.
Je suis la dame de tes derniers instants, une faux à la main, parée de noir, parée de blanc.
Je me nourris de ta peur et de tes désirs. Je bois ta vie comme un divin nectar.
Je me suis voûtée, enlaidie, je me veux crottée et repoussante.
J’en ai pas fini avec les mâles, j’en ai fini avec le sexe, avec ces mouvements chagrins, ces coups de rein, ces râles dérisoires.
Je lutte pour étouffer mes organes, ceux qui vibre encore en moi, une fois par lune et qui appelle la jeunesse. Je sens bien qu’ils faiblissent, qu’ils abandonnent et moi je rayonne.
Je ne veux plus de ce sang ! Je me veux à moi !
Toi tu n’es qu’une misère de plus qui erre un moment sur la terre.
Moi ! Moi, je suis la reine des sabbats. Je bâtis des Sodomes et des Gomorrhes où les saints jouissent à mort. Je danse la valse avec des démons que je vide de leurs substances. Je me penche sur ta dépouille et dévore tes entrailles comme une harpie des temps jadis.
Trente ans de mensonges, trente années perdues auprès de cet homme qui me niait.
Pas de coups, pas de meurtrissures, juste bonne à faire des gosses, à tenir sa maison, à satisfaire ses besoins.
J’ai pris du temps pour le haïr, occupée que j’étais avec les enfants.
Nous étions l’image du couple parfait, sans goût, sans saveur, sans joie et sans lumière.
Couple insipide et niais qui se montrait le dimanche à l’office.
Les “toi” qui m’ignorent, me vénèrent dans l’éther.
Nue devant mon écran, je revêts les plus beaux avatars.
Je me déplie, me déploie et m’envole, cherchant ma proie digitale.
Je m’en approche, homme ou femme, le la séduit, l’imprègne, lui ouvre les portes de mon inconnu, vers son abattoir. Nous dansons sur les mots du créateur, sur le verbe. Il elle s’enflamme , se consume et moi je me touche, je mouille sur leurs faces.
Et quand leur vie flétrit, je jouis…
On se croise dans la rue et toi tu ne me vois pas !
Viens ! Viens, ce soir !
Je, femme-araignée, t’apporterai le pouvoir de la matière et te révélerai la faiblesse de la chair.
Qu’importe la mort s’il y a extase…
Viens ! Viens ce soir ! Je suis on-line…
une artiste peintre incontournable, c’est mon avis.
Parfois, ses couleurs te brûlent les yeux, te ravissent la conscience.
Elle aime les expériences comme son travail avec Birgit Yew où la peinture et la musique se fondent sur scène.
Elle à 44 ans et vit en Suisse près du lac Léman, là même où il n’y a pas le feu, et pourtant…
Références pour cette article
- Estelle Conus
http://www.myspace.com/estelleplume



Que dire? C’est époustouflant!
quel cri de détresse et de libération enfin…entre mort patinée et vie qui hurle si fort, que même la mort à peur et lâche prise…superbe texte !
Sam
superbe.
sans fards.
merci.
SUBLIME !!!
étrange sensation d’être en instance tout en haut et surtout aucun bruit pour ne pas redescendre sur terre… merci
kiss étoilé
sara
Bonjour Thierry,
Rendez-vous sur le web, avec la faucheuse!
Les mots crient l’envie de vivre et de jouïr, alors que la vieillesse s’unit à la mort.
Cette danse macabre, en prenant un dernier plaisir de vie, est écrit avec la virtuosité de l’auteur.
Amitié.
dédé.
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Merci. Thierry
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