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09 février, 2010

Pipestone Minnesota

- La pipe ?
- Cette pipe rouge que l’on nomme “calumet de la paix” mais que les sioux nomment canunpa.
- Thierry aimait bien jouer aux indiens ?
- Oh… Jouer ? C’était bien plus qu’un jeu… C’est une longue histoire même si elle est en relation directe avec celle-ci. Comme je le dirais plus tard à ma tante, témoin de Jéhovah, qui cherchait à me convertir : Tu as choisi la religion des juifs, j’ai choisi celle des Lakotas.
- Tu recommences !
- Quoi ?
- Je, il, comme si vous n’étiez qu’un seul être.
- Prends patience, tu comprendras vite.
- Je crois avoir déjà compris.
- Bien ! Croire c’est bien ! Pour clore le chapitre du jeu, je vais te conter comment Thierry a reçu la pipe.

Ce fut bien avant l’amour de Sabine, il rencontra un homme qui s’occupait d’une association militant pour les droits des indiens. Ce fut cet homme qui l’initia, quoi que le mot soit fort, aux rites Lakotas, l’emmena dans des huttes de sudation et lui apprit les chants. Un jour, il lui remit une pipe. Thierry en fut honoré mais pensait ne pas être digne de la porter. Il la conserva donc précieusement, sans jamais l’utiliser, jusqu’au jour où il participa au montage d’un camp de tipis, organisé par l’association dans les Alpes, celle-ci venait de trouver un sponsor qui finançait l’opération. Un après-midi, alors que le travail du jour était accompli, il se mit en route vers le sommet le plus proche, emportant avec lui le fourneau de la pipe, mais pas le tuyau car il savait que celle-ci ne prenait tout son sens et toute sa puissance que lorsque ces deux parties étaient réunis. Après deux heures de marche, il fut arrivé au point le plus haut. Il dénoua ses cheveux, brûla de l’encens sioux pour se purifier, ôta ses chaussures, sortit canunpa de son sac de cuir et y planta un tuyau virtuel, s’imaginant la forme, la texture et le poids de celui-ci. Il la bourra de tabac sacré mais imaginaire et il se mit à prier, de tout son coeur, de tout son être. “Ô mes grand-parents ! Gérald m’a confié la canunpa et je crains de ne pas en être digne. Je suis venu à vous aujourd’hui pour vous demander un signe.” Il resta ainsi longtemps, concentré sur la prière, puis fuma symboliquement cette pipe. Le ciel était dégagé, c’était l’été et il faisait bon. Une petite brise agréable le caressait et il se sentait en paix.
Rien ! Au bout d’un moment, il purifia de nouveau son corps ainsi que cet objet sacré et se mit en route. Il pensa qu’il retenterait plus tard, dans quelques mois, peut-être quelques années. Alors qu’il était descendu d’une cinquantaine de mètres, il entendit le cri d’un aigle. Son coeur se mit à battre la chamade, il chercha la créature mais ne vit que son ombre. Il leva les yeux vers le sommet qu’il avait quitté quelques minutes auparavant et vit que l’animal s’était posé à cet endroit, celui-ci poussa son cri, s’envola et disparut. C’est ainsi que Thierry se mit à utiliser la pipe qui lui avait été confiée.
- Une belle histoire… Me laisse rêveur…
- Un homme étrange, je te le disais…

Lorsqu’ils furent tous deux dans la cour, ils se sentirent tout petit et se recroquevillèrent dans un coin abrité car il pleuvait. Thierry bourra la canunpa en offrant du tabac à chaque direction et ils prièrent. Ils eurent le sentiment que la cour s’obscurcissait, que le sombre s’accumulait maintenant auteur d’eux, apte à leur brouiller la vision, inamical pour ne par dire hostile. Ils éprouvèrent de la peur. Ils demandèrent aux habitants du lieu, ils n’avaient plus de doutes, ils savaient que les lieux étaient occupés, de les laisser en paix, de les laisser prendre possession de cet endroit afin d’y héberger leur famille. Ils dirent savoir que les ombres avaient été là bien avant eux et que cela leur conférait des droits, mais ils ajoutèrent qu’en ce monde qui était le leur, cet objet leur appartenait, que les ombres devaient savoir qu’elles étaient passées dans l’autre et qu’ils prieraient pour qu’elles trouvent le repos. Ils leur promirent enfin de laisser des offrandes de nourriture et de tabac. Ils espéraient pouvoir au pire partager cet endroit avec ces âmes en peine.
Ils ne ressentirent pas de paix après avoir accompli ce rite.

L’automne vint se poser sur le moulin. Thierry qui avait reçu Bernd en renfort, un ami de la mère de Sabine, avait accompli des miracles. Il passait ses journées là, du soir au matin, oubliant jusqu’à la signification des mots : fin de semaine, douze heures durant parfois, à tomber l’enduit, les murs intérieurs, changer des poutres, tomber des cheminées saturées de suie et de goudron, à pelleter des tonnes et des tonnes de gravats.
Le résultat se laissait voir. Trois cheminées toutes neuves pointaient maintenant hors des bâtiments. Deux simples qui semblaient se rire, tant elles paraissaient fière, de la vétusté des alentours et qui dépassaient bravement les poutres nues de la maison et enfin la dernière qui serait la première utilisée, celle du moulin. Ils avaient acheté un poêle en tôle que les allemands nomment Kaminofen, c’est à dire que la porte en est vitrée pour profiter de la beauté secrète du jeu des flammes. Il se trouvait dans la cuisine du moulin, le dénoyautage de celui-ci devant intervenir plus tard.

Les plaques ondulées amiante-ciment de la maison avaient disparu, les toilettes ainsi que le sol de béton qui bouchait l’escalier de grés également, ainsi que tout enduit, faux-plafonds, carrelages, parquets, murs intérieurs. Ils avaient aussi ôté une grande quantité de sable qui se trouvait entre les voûtes des caves et le plancher de la maison, voulant réduire à deux le nombre des marches et faire de la place pour le chauffage au sol qui ne tarderait à y trouver place. C’est pendant ce travail que Thierry constata que la différence de niveau d’un bout à l’autre de la bâtisse était de 70 centimètres.
La charpente avait été renforcée, celle du moulin était dans un excellent état.
Les couvreurs allaient commencer leur travail, les nouveaux toits se devaient d’être posés avant les rigueurs de l’hiver.

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