Les gadje vinrent le lendemain, chez les hommes cette fois, armés de lanières de cuir, ils choisirent l’un d’entre eux et le frappèrent de longues minutes. Les gens horrifiés pouvaient sentir l’excitation, le plaisir terrifiant que cela leur procurait. Ils arrêtèrent enfin, laissant leur proie inconsciente et meurtrie.
Ils fermèrent la porte.
Les manouches entendirent les cris chez les femmes et l’enfer de la veille recommença pour l’une d’elle. Les malédictions fusèrent, les cris de douleur mais aussi de colère. L’une d’elle hurla en allemand qu’elle les maudissait et ils purent entendre claquer les lanières de cuir et les cris terrifiés des enfants.
Le jeune qu’ils avaient recueilli sur la route pleurait doucement dans un coin, il avait reconnu la voix de son épouse comme étant la victime du jour. La victime de la nuit, car c’était une nuit éternelle et sans astres qui régnait en ces lieux.
- Tu le fais exprès avec les tsiganes !
- Quoi ?
- De raconter des trucs horribles juste au moment où j’avais besoin de paix.
- Non. Je ne sais pas pourquoi cet ordre s’est imposé à moi. Je crois qu’il souligne que ces événements se produisent en même temps malgré la soixantaine d’années qui les séparent.
- Donc, tu le fais bien exprès puisque ce n’est pas possible.
- Les photons peuvent bien se trouver à deux endroits simultanément…
- Tu fais chier avec tes photons !
- Possible… Les photons c’est la lumière et la lumière c’est le temps.
- Aaaah ! Je crois que je viens de comprendre quelque chose.
Sascha, la fille de Sabine, fit une séance de verre tournant chez une amie. Elle en revint terrorisée et en pleurs. Elle raconta à sa mère que l’esprit était un enfant qui se nommait Loulou et qui était mort dans un incendie. Elles avaient interrompu aussitôt la séance, ne s’attendant pas à cette dramatisation brutale de l’existence, fut-elle passée. Elles avaient beaucoup pleuré. Plus jamais dit-elle, elle ne recommencerait cela.
Sabine et Thierry avait rendez-vous au moulin avec un certain Herr Klaus Winter, mars enrobait le moulin de sa volonté d’éveil, aussi rencontrer Monsieur Hiver leur sembla un clin d’oeil du destin.
Il attendait, peut-être depuis un moment, devant la porte. C’était un homme petit et brun, portant la moustache et d’une gravité qui le laissait ressembler à un croque-mort.
Nos amoureux qui devaient l’éblouir du fait de la vie qui pulsait dans le ventre de Sabine et dans le coeur du futur papa, lui serrèrent la main et engagèrent la conversation.
Il était contrarié car ils étaient en retard et il le montrait ouvertement, à la prussienne, visage fermé, des phrases qui sonnaient dur comme des coups de fouets, entrecoupées de grognements sourds, inintelligibles pour le français mais pas pour la berlinoise, le tout enrobé d’une sévérité et d’une froideur rigide.
Ils pensèrent : Winter le bien nommé.
Ils visitèrent les bâtiments avec lui, il préleva quelques échantillons, les informa de ses honoraires et leur demanda les clefs afin de pouvoir revenir avec tout l’équipement nécessaire.
Sabine lui demanda :
“Dites-moi ? Vous avez mal au ventre pour nous parler comme ça ? Vous ne vous sentez pas bien ?”
Ils éclatèrent de rire et un sourire illumina le visage austère.
La glace était brisée et cet hiver sur pattes allait connaître un nouveau printemps.
Il leur téléphona quelques semaines plus tard pour les informer que le moulin était libre de tout danger biologique, grâce à la jeunesse turbulente du village qui avait bien fait de briser les vitres, permettant ainsi une aération que la mérule détestait. Il y avait bien quelques traces du capricorne des maisons, mais là encore, les températures qui y régnaient du fait de l’absence de vitres ne lui étaient en aucun cas favorables.
Ils convinrent d’un nouveau rendez-vous au moulin afin de discuter sur place des mesures à prendre.
Leur relation s’était améliorée au point qu’il leur proposa de les accompagner en tant que conseiller technique pour la reconstruction. Il était spécialiste des monuments historiques et selon la loi de Sachsen-Anhalt, le moulin tombait automatiquement dans cette catégorie.
Au mois de mai, Thierry, vêtu de son plus beau costume, demanda officiellement la main de Sabine à sa mère. Sa réponse : “Si je disais non, vous le feriez tout de même…” fut interprétée comme un oui…
Sa belle-mère faisait partie de ces personnes qui ne pouvaient accepter que leurs enfants soient devenus des adultes.
Les relations sentimentales de Sabine ne pouvaient donc qu’être des aventures de gamine, le prétendant idéal se devant d’avoir été présélectionné, jaugé, vérifié et approuvé par ses soins.
Il s’en suivra un genre de pacte de non-agression qui deviendra vite une guerre froide, la guerre ouverte qui en résultera, aura lieu bien plus tard.
Image – Renningen o.a. Leonberg, gestellte Zigeuner Razzia – Deutsches Bundesarchiv – 1937 – Licence :













et pour le verre qui tourne, j’en ai conclu à la télékinésie.
edouard son dernierblog ..PETITE MORT
@ Edouard : Idem fut un temps, mais tu verras en continuant la lecture que cette certitude a été désintégrée par la suite.
J’adore les chevaliers servants qui demandent la main de leur fille à la mère… Je vais souffler cette idée, à ma fille Marine, mais je ne suis pas certaine qu’elle y adhère…
@ Martine : Sourire. J’ai un coté vielle France. Peut-etre parce que je suis l’arrière-petit-fils du dernier Vicomte de Saunnais de Limé par ma mère.
Même les choses horribles se doivent d’être racontées!Elles sont ainsi désacralisées.
@ Lubesac : Oui. Les horreurs ne nous sont pas étrangères, c’est bien ce qui nous les fait craindre.
Une réponse de la belle-mère qui laisse présager en effet des rapports… difficiles
@ Pandora : Et ils le seront… Amitié