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Petru Winidyu. (1)

22 juillet 2008 4 commentaires
Le 20/07/2025

“Monsieur Winidyu est demandé à la reception !”

La voix délicieuse de la réceptionniste me tire de ma rêverie.
Moi ? A la réception, quinze étages plus bas ?
Je regarde le tas des dossiers de “saisie corporelle” qu’il me reste à traiter et je souris.
Un peu de diversion me fera le plus grand bien.
Je me mets en route.
D’abord l’interminable couloir éclairé au néon, paré de ses portes innombrables et toutes semblables, ensuite les ascenseurs et la vue imprenable sur les autres couloirs, tout aussi affriolants qui partent de ce point central.

“Ding !”

La petite sonnerie joyeuse de la porte qui s’ouvre me tape sur le système. Je pénètre dans cet espace étroit et puant et m’amuse à chercher mon étage en utilisant le braille. J’abandonne ce petit jeu ne voulant pas me retrouver au dixième sous-sol et je presse la touche 0.
Zéro, le niveau de la liberté, le niveau de l’incarcération journalière de huit heures.
Tiens ! Quelle heure est-il ?
Dix-sept heures trente. Pffff ! Encore une demi-heure à faire ce boulot sans joie. Un tampon et hop ! Saisie corporelle ! Terrifiant comme la personne est devenue peu de chose ces derniers temps, ou plus exactement comment elle est devenue un bien comme les autres.
Je me marre en pensant aux libéraux de jadis : “Libre circulation des personnes et des biens !”
Bah oui, la solution est trouvée. C’était simple, on supprime le concept de personne et il ne reste que des biens…

“Ding !”

Arrivé et ici, il y a de la lumière, de la vraie lumière, celle du jour et du bon dieu.
La réceptionniste me regarde d’un air de vache abrutie regardant passer un train. Je suis déçu, je m’attendais à un petit sourire.
Un main s’abat sur mon épaule.

“Winidyu ? Petru Winidyu ?”
“Oui ?”
“Police, veuillez nous suivre sans opposer de résistance s’il-vous-plaît !”

La matraque électrique qu’il me brandit sous le nez me convainc que sa proposition est raisonnable.

“Pourrai-je savoir qu’est ce que l’on me reproche ?”

Le silence sérieux du fonctionnaire et la vue de la matraque me laisse deviner que le silence est d’or et que de briser cette règle, d’or elle aussi, pourrait devenir pour le moins douloureux.
Je monte dans le véhicule en silence et les deux flics se mettent près de moi.
Le trajet est bref et nous nous arrêtons deux blocs plus loin, devant un immeuble ressemblant à tous les autres.
La matraque m’invite à descendre du carrosse et nous nous dirigeons vers la réception.
Là se trouve une jeune dame qui ressemble à s’y méprendre à la réceptionniste de mon boulot.

“La Lee Trading Co., département crédit ?”
“Vingt-deuxième étage, porte 301 !”

“Ding !”

Ici, non seulement l’immeuble et la réceptionniste sont les copies conformes de ceux de mon travail, mais les ascenseurs et leur sonnerie débile aussi…

“Ding !”

Sans surprise, je découvre que les couloirs et les innombrables portes qui défilent me transportent immédiatement dans l’ambiance “big brotherienne” que je connais si bien.
Un petit coup d’oeil à ma montre m’indique que la journée de travail n’est pas terminée et je rentre dans une routine “boulot”.
La porte s’ouvre sur un bureau qui aurait pu être le mien.
Derrière un meuble formica standard, se trouve une créature étrange qui nous regarde un peu surprise.

“Vous désirez ?”

Les deux policiers et moi pouffons de rire. C’est une tante qui nous accueillent.

“Nous vous amenons Monsieur Petru Winidyu, dossier 258B25A. Nous attendons dans le couloir.”
“Winidyu… Winidyu… Asseyez vous ! Je cherche votre dossier.”

Il se retourne vers son armoire et dandine des fesses en cherchant mon dossier.

- Winidyu Petru. Voilà ! Citoyen roumain travaillant en France depuis cinq ans au service des… Ah ! Un collègue. Monsieur Winidyu, vous n’avez pas payé les deux dernières mensualités de votre crédit ?
- Aaaaahhh ! C’est pour ça… Oui, je voulais voir le banquier à ce sujet mais les événements m’en ont empêché. C’est ma femme qui est très malade et comme son traitement est hors-budget sécurité sociale et que les dépassements d’honoraires sont exorbitants, j’ai décidé dans l’urgence de repousser les paiements pour faire face à la situation.
- Monsieur Winidyu, cher collègue… Vous n’êtes pas sans savoir que les circonstances de ce non-paiement ne peuvent m’intéresser. Tout comme vous, je suis au service des saisies corporelles et mon travail consiste essentiellement à tamponner ou non votre dossier !
- Mais…
- Votre banque a vendu votre crédit à la Lee Trading Co. dont le siège social se trouve à Hong-Kong et cette société, que je représente pour la France, tient à savoir si vous êtes en mesure de payer vos mensualités de retard, plus intérêts et pénalités et ce immédiatement ?

A suivre…

4 Commentaires »

  • Petru Winidyu. (1) dit:

    [...] Petru Winidyu. (1)www.tby-liber.com/blogfr/?p=195 par wasicu il y a quelques secondes [...]

  • Pat dit:

    Je savoure avec plaisir cette nouvelle sur l’absurdité bureaucratique et j’apprécie ce ton ironique qui rend ton personnage si attachant (l’arroseur arrosé ?). Tu manies la dérision avec brio et tu “ferres” tes lecteurs. J’ai mordu à l’hameçon. je vais lire la suite.
    Amitié.

  • dédé dit:

    Bonjour Thierry,

    Perché au quinzième étages, le bureaucrate d’origine roumaine ne manque pas d’intérêt. Fort sympathique, il nous transporte dans ses mésaventures avec délice.
    L’histoire de cet homme est menée avec beaucoup d’humour, malgré sa situation peu confortable.
    Un régal pour le lecteur.
    Amitié.
    dédé.

  • lubesac dit:

    Une trouvaille le parallélisme entre les deux buraux!
    Ambiance un peu loufoque rythmée par les dings…..
    Il a beaucoup d’humour ce personnage avec un regard amusé sur lui-même et le monde

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