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11 avril, 2008

Guerre Irak

Les mille et une nuits…

Odeurs d’agneau grillé, d’épices, des couleurs à t’en péter le nez…
Des cris bariolés, des visages grillagés, des sourires d’enfants…

Au loin des ombres menaçantes aux treillis maculés, leurs armes montrant les dents.
La foule feint l’ignorance, les tueurs la transparence…

Les gens déambulent, négocient, observent.
Chacun effectue les mêmes gestes, comme un rituel, comme une prière.

On se presse, on se pousse, on s’engueule.
Ça klaxonne, ça pue, ça crisse.

La place se transforme en opéra.
Je suis une croche, tu es une blanche, elle est clef de sol…
Il est entrechat, nous sommes les pointes, vous êtes crescendo, ils sont une aria…
La symphonie du marché.
Depuis peu, le chaos brutal des hélicos, comme une basse fanatique, est intégré à la musique.

« Mais où est Rachid ? Combien de fois lui ai-je répété de rester auprès de moi.
Rachid ? Rachid ? »

Quelques faces sans regard se tourne vers la voix, ce son incongru qui jaillit de cette boule de tissu. Ils s’en retournent sans un mot, à l’urgence.
L’urgence du marché, il faut faire vite…

« Rachiiid ? »

Et puis, elle le voit, son visage éclairé d’un sourire. Il la regarde dans les yeux, il semble vouloir lui parler…

BOUM !

Attentat

Elle tombe, ils tombent…
Les étals volent dans les airs, les membres, les déchirures, les êtres aussi…
Les sons anéantis…
La violence extrême…
L’horreur sublime…
Le feu, la douleur…
Rouge et noir sont les seules couleurs !

Crier est dérisoire et pourtant elle crie…
Rachid a disparu et son coeur se brise.
Elle s’accroche à son panier comme elle s’accrocherait à une main tendue. Ces mains qui gisent là, dans les excréments et le sang.

La main d’une victime ? Celle du fou de dieu ? Celle de son fils ?
Cela n’a plus d’importance, ils ont brisé la danse.
Ils ont rompu les êtres, ils ont renié la vie…

Elle se relève en titubant, maudissant les tueurs d’enfants.
Elle ne sent plus son bras et saigne abondamment.

Elle pense à la petite Aïcha qu’elle a laissé avec Momo. Elle veut l’étreindre, lui donner le sein.

« Rachid, mon fils ! Ta petite soeur a besoin de moi !
Tu es grand maintenant. Va chez ton oncle, lui emprunter l’âne et la charrette. Tu sais bien, ce soir on doit aller chercher du bois. Je compte sur toi ! Va, mon fils, va ! »

Elle…

Texte – 2007 – Licence :

Creative Commons License

Image collage –
work of the U.S. federal governmentl
– licence :

Image attentat –
Mass Communication Specialist 2nd Class Eli J. Medellin
– 2006 – licence :

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