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Quelque part au Moyen-Orient. Tableau 2

11 avril 2008 2 commentaires

Patrouille Bagdad

The other side…

Puanteur de viande grillée, d’épices, des couleurs à te faire gerber…
Des bruits insensés, des visages masqués, des sourires pouilleux…

Au loin des ombres menaçantes, Djellabas aux multiples couleurs. Regarde leurs mains !
Nous feignons la transparence, la foule l’ignorance…

Nous contrôlons les rues adjacentes, pour protéger ces rats.
Chacun effectue les mêmes gestes, comme un insecte, comme une machine.

Jackson passe le premier, il cible les toits. Ensuite c’est moi, je cible la ruelle.
Ça klaxonne, ça pue, ça crisse.

La place se transforme en une arène.
Je suis un prétorien, tu es un gladiateur, elle est un sacrifice.
Il est un fauve, nous sommes les glaives, vous êtes le sang, ils sont tous morts.
Le cirque du marché.
Depuis peu, la mélodie des hélicos, comme une sirène grecque, joue son Rock’N’Roll.

Mais que fait Omar, ce putain d’interprète, j’ai personne pour me couvrir…
Omar ? Omar ?

L’adrénaline explose dans ma tête, le lieutenant me montre la place d’un signe du menton. Je me retourne sans un mot, comme un robot.
L’urgence, partout le danger, il faut faire vite…

Omaaar ???

Et puis je le vois. Je vois ses yeux pleins de fiel, son visage crispé par la haine, il ouvre la bouche, semble vouloir hurler.
A ses cotés, un enfant le dos tourné…
What the fucking hell ! Je ne pense pas, j’aligne et je tire.

BOUM !

Attentat

Omar disparaît pulvérisé, ils tombent…
Les étals volent dans les airs, les membres, les déchirures, les rats aussi…
Les sons anéantis…
La violence extrême…
Le plaisir subtil…
Le feu, les odeurs…
Rouge et noir sont les seules couleurs !

J’exulte, pas de pertes de notre côté, le lieutenant me tape dans le dos.
Good job !
Omar a disparu, l’enfant également…
Je remarque un femme assise, grotesque, qui hurle en s’accrochant à son panier.
Autour d’elle, des débris humains, j’en ai la nausée.
Débris d’innocents ? Restes du terroriste ? Ceux de l’enfant ?
J’oublie cette pensée, ils ont brisé les règles. Je ne fais que mon devoir. C’est pas moi qui l’ai tué, c’est Omar !

Je pense à ma fille, là-bas au pays. Encore deux mois de cet enfer et je pourrais la prendre dans mes bras. Je voudrais l’étreindre, jouer avec elle à la play-station.

Pas de tués, pas de nom d’un copain à la rubrique Iraq/casualties, pas de sac noir, juste des images maudites à jamais gravées dans ce qui nous reste de conscience…

I hate this country !

Texte - 2007 - Licence :

Creative Commons License

Image Patrouille - U.S. Marine Corps photo by Cpl. Robert R. Attebury - 2005 - licence :

Image attentat -
Mass Communication Specialist 2nd Class Eli J. Medellin
- 2006 - licence :

2 Commentaires »

  • dédé dit:

    Bonjour Thierry,

    Les images de ce paisible marché passent de la vie quotidienne à la mort atroce.
    L’explosion pulvérise cette paix fragile avec cruauté, sans distinction des victimes qui la subissent.
    Le texte dénonce ce carnage aveugle, où les hommes ne respectent aucune règle.
    Amitié.
    dédé.

  • tby (author) dit:

    @dédé -
    Humble merci mon ami
    Thierry

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