Quelque part au Moyen-Orient. Tableau 4

Rachid…
Odeurs des délices à engloutir, des épices, des couleurs à te noyer les yeux…
Des cris bariolés, des visages voilés, des sourires à pleines dents…
Au loin, les américains, promesses de Sweets and Chewing-gums.
Les adultes les ignorent, les soldats se fondent dans le décor.
Les grands marchandent, les petits se faufilent et la vie défile.
Chacun effectue les mêmes gestes, comme un jeu, comme un conte.
On se bouscule, on s’amuse, on déguste.
Ça klaxonne, ça sent, ça vibre.
La place se transforme en manège.
Je suis un cheval de bois, tu es une balançoire, elle est une sucrerie…
Il est un forain, nous sommes les enfants, vous êtes joyeux, ils sont la grande roue…
La fête du marché.
Depuis peu, le vrombissement des hélicos, invitent à la danse des libellules.
Mais où est le chaton ? Je l’ai vu de loin avec ses yeux comme deux lacs verts, son poil en bataille, fuyant le bruit des hélicoptères.
Rachid ? Rachid ?
J’entends Maman qui me cherche. Ne t’inquiètes pas petite mère ! Je veux juste attraper le chat, je ne suis pas loin de toi. Je voudrais l’emmener à la maison, Aïcha et Momo vont adorer ça…
Il coure, l’urgence. Il faut faire vite…
Rachiiiid ?
Il s’arrête, étonné de voir Ali et Omar pour qui hier il jouait le messager. Il se tourne vers sa mère et lui sourit. Il la regarde dans les yeux et implorant, veux lui montrer le petit animal. S’il te plaît…
BOUM !

Elle tombe, ils tombent…
Les étals volent dans les airs, les membres, les déchirures, le chaton aussi…
Les sons anéantis…
La violence extrême…
La surprise absolue…
Le feu, la chaleur…
Rouge et noir sont les seules couleurs !
Il ne voit plus rien, ne sent plus rien pourtant il ne fait pas sombre. Alors, pour calmer sa peur, il pense…
Il évoque les souvenirs, sa mère ce matin l’embrassant pour le réveiller. Le petit-déjeuner qui lui donna tant de vigueur. La frimousse d’Aïcha et son beau sourire. Les drôleries de Momo derrière le dos de maman. Le roudoudou volé à l’étalage. Le petit chat…
Puis soudain irrésistiblement, remontent à la surface les souvenirs de la guerre.
Papa baignant dans son sang, les yeux ouverts vers l’infini. Maman hurlant dans son burnou noir, se frappant le visage des deux mains. Momo effondré sur le corps du père, Aïcha pleurant dans ses bras.
Les bombardements la nuit, comme une valse féerique, insufflant la terreur et l’admiration.
Il lutte pour retrouver des images douces, mais la violence est la plus forte.
Alors il s’éteint…
Quelque part au Moyen-Orient par Thierry Benquey est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Image Enfants - Work of the U.S. federal government - Spc. Grant Okubo - 2008 - licence :

Image attentat -
Work of the U.S. federal government - licence :







Bonjour Thierry,
L’explosion frappe cet enfant qui a déjà vécu ces horreurs de guerre. Les souvenirs passent en désordre, dans ses derniers instants de vie. Puis la petite flamme s’éteint, uniquement à cause de l’absurdité humaine.
Ce texte évoque, avec magie, les moments paisibles du moyen orient. Dans les périodes tragiques, il dénonce cette souffrance quotidienne d’innocentes victimes qui subissent la guerre et ses atrocités aveugles.
Amitié.
dédé.
@dédé -
Le cycle est bouclé tous les participants ont décris la scène.
Qu’en reste-t-il ?
Une boucherie inutile comme le quotidien en Irak
Merci pour ta lecture
Thierry
textes très beaux malgré l’horreur …
@gdblog: Merci
Une horreur qu’on pouvait voir presque tous les jours aux informations fut un temps
Amitié
Thierry
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Merci. Thierry
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