Vous avez dit Messie ? (10)
DEFENSE DE NOURRIR LES AFRICAINS
Un escadron de CRS venait de faire son entrée dans notre “église”.
Les coups pleuvaient, les enfants pleuraient et l’enfer de cette terre était de nouveau là, souriant à sa victoire prochaine.
Je recevais un violent coup sur la nuque et tombais à terre.
Deux coups de pieds plus tard, deux paires de mains puissantes me soulevaient du sol et me traînaient à l’extérieur. Dans la froidure…
“Sergent, je crois qu’on a un français ?”
“Merde ! Il a une carte de presse ?”
J’étais fouillé sans ménagement.
“Non !”
“Alors, jetez moi ça aux ordures !”
Aussitôt dit, aussitôt fait. J’entendais vaguement un bruit de plastique et je sombrais dans un trou noir. Une poubelle…
Je perdais connaissance.
Lorsque, papa seul sait, je revenais à moi, réveillé par le bruit d’un camion des services de nettoyage de la ville, j’étais seul, les messies s’étaient tous envolés dans un charter pour l’Afrique…
Je sortais de ma poubelle, au grand étonnement des éboueurs qui jetaient dans leur benne, les effets personnels de mes amis de coeur.
Je pleurais, encore me direz vous, je n’y peux rien, je suis sensible.
Je me dirigeais vers je ne sais quoi, je ne sais où…
Ivre de bêtise humaine, de petitesses et d’un cruel manque d’amour.
J’arrivais au fleuve, épuisé de l’intérieur.
Je voyais sans le croire, flotter le corps d’un noyé puis disparaître dans un remou.
“Papa ! Papa ?”
Et re la musique, c’était plus fort que lui…
“Waaaaa…. Waaaa…”
“Oui mon fils ?”
“Papa, j’en peux plus, ramène moi à la maison…”
“Encore un peu de patience, mon amour.”
“Pourquoi tu ne m’as jamais fait Messie en Afrique ? Ils sont bien ces gens là.”
“Justement, ils en ont un peu moins besoin que les autres.”
“Mais, tu leur en envois quand même de temps à autre ?”
“Oui, mon fils ! Ils les nomment griot ou bien chaman. L’Afrique tu vois, c’est un peu compliqué, comme les amérindiens jadis. Il me faudrait envoyer un Messie par tribu et il y en a beaucoup des tribus. Et puis, c’est mes histoires à moi…”
Je sentais que le sujet l’énervais.
“Qu’est ce que je dois faire maintenant ?”
“Tu dois trouver du travail et publier un blog sur internet !”
“Un quoi ?”
“Un blog, tu comprendras lorsque tu pourras en lire.”
“Oui, papa…”
“C’est leur dernière chance, ils sont si peu nombreux à croire…”
“Ben, Raymond et ceux de l’asile, ils sont bien ! Les sans-papiers, ils étaient très bien aussi !”
“Je sais, mais c’est très peu en comparaison du nombre de ceux qui n’adorent plus que l’argent.”
“Oui, je sais…”
“Pire encore, les extrémistes religieux, ceux qui n’ont rien compris. Ceux qui massacrent en mon nom. C’est leur dernière chance !”
“Oui ! Je vais chercher du travail papa !”
“Bien, mon fils, va !”
Je commençais à frissonner, mon blouson de cuir voyageant maintenant aux frais de la municipalité.
Je repensais à ma conversation avec papa, un blaugue, je sais même pas comment ça s’écrit.
Je retournais vers la ville…
J’allais directement à la mairie, au service d’assistance sociale.
Une queue incroyable, là encore des gens de toutes les couleurs. Je me sentais tout de suite comme chez moi dans ce couloir crasseux. On riait avec les arabes, les noirs et les français qui avaient l’air un peu paumé, les asiatiques se tenant un peu à l’écart. Notre but à tous, c’était cette porte, qui s’ouvrait sèchement et se refermait autoritaire. Derrière cette porte, se trouvait un monstre nommé Administration et qui n’obéissait qu’à des règles qui lui sont propres…
Abdel avait amené des loukoums et m’en donnait un. Je découvrais avec délice cette pâtisserie lourdement sucrée. Il riait aux éclats en voyant mon visage étonné lorsque je reconnaissais le goût de la rose.
Je n’avais rien à leur donner, aussi je faisais un miracle, discret dans la poche de mon pantalon apparaissaient des bonbons à la menthe que je distribuais avec des sourires.
La porte s’ouvrait et j’entendais sans y donner d’importance: “53 ! 54 ! 55 et 56 !”
Après un instant, de nouveau: “53 ? Il est parti ?”
Je dépliais en hâte le petit papier que j’avais gardé dans la main.
“C’est moi ! 53, c’est moi !”
La porte se refermait sur moi…
“Asseyez-vous là, je suis à vous dans une minute !”
Je levais le regard pour découvrir une être fantastique, un être d’un autre monde, quelqu’un comme je n’avais encore jamais vu sur cette terre.
L’assistante sociale s’éloignait d’une démarche chaloupée.
Elle était noire comme la nuit, elle sentait bon comme la terre, elle était belle comme un matin de printemps et elle avait conquis mon coeur…
Pardon, Ginette…



Bonjour Thierry,
Les matraques des CRS tabassent Jésus qui se retrouve K.O. dans une poubelle.
Miracle, le fils de Dieu reçoit la foudre de l’amour, pour une superbe noire de l’administration française.
Malicieusement et avec talent, l’auteur mêle Jésus, aux évênements tout à fait d’actualité.
Amitié.
dédé.
@dédé: Salut Dédé
Merci pour ta lecture et tes commentaires qui me sont toujours très agréable à découvrir
Amitié
Thierry
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