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Vous avez dit Messie ? (7)

26 juin 2008 2 commentaires

DEFENSE DE CHANGER LA PIQUETTE EN VIN

Ça et là, des corps, des morceaux de corps, une vision d’horreur entre les flammes et le sang.
Ici, devant moi gisaient une mère et son enfant. Morts…
Je m’agenouillais auprès d’eux, je devais faire vite.
C’est un miracle de classe A que j’accomplissais là.
La femme se réveillait, ahurie et me voyait tenant son bébé dans les bras, l’enfant gazouillait, irréel au milieu de cet enfer. Elle me souriait, regardait autour d’elle, je portais mon doigt sur la bouche, “chuuuuttt !”.
Je lui donnais délicatement son enfant, son remerciement silencieux pénétrait mon âme.
Je m’éloignais rapidement, rigolant doucement, amusé à l’idée des souvenirs qu’elle conserverait de la scène, cet homme hirsute, en pyjama qui berçait son petit…
Quelques mètres plus loin, je trouvais un corps sans meurtrissures, un homme d’une quarantaine d’années était couché sur le trottoir, sans vie.
Il portait un jean, un blouson de cuir, un tricot de laine et une paire de santiags.
Merci papa ! J’appréciais cette délicatesse.
C’était très gentil de sa part, d’avoir tenu compte de mes goûts en matière vestimentaire.
J’entendais, au loin, les premières sirènes, lorsque j’avais fini de lui enfiler mon pyjama.
La poussière retombait et je devais m’en aller. J’embrassais auparavant l’inconnu et lui insufflais la vie.
Je riais franchement en quittant les lieux, m’imaginant malicieusement, l’expression de surprise de mon… Tailleur se retrouvant, au beau milieu de la misère, dans un pyjama qui avait été blanc.
Je partais à l’aventure, ne sachant où aller.

Je quittais un monde blanc pour un monde gris…

Les voitures de police passaient, frénétiques, névrotiques.
Les pompiers, les ambulances donnaient à ce fragment de ville un air d’apocalypse…
Je fouillais dans mes poches et j’y découvrais un paquet de Lucky Strike et un briquet.
J’allumais une cigarette et me dirigeais vers le canal, guidé par je ne sais quoi.
Sur un banc, sous un banc, à coté du banc, se trouvait une masse humaine, informe et sale. Je m’asseyais auprès d’eux et offrais des clopes. Les odeurs étaient redoutables.
Odeurs de crasse, de vomi et d’urine et surtout une terrifiante odeur de vinasse.
Je rencontrais ainsi de nouveaux amis…

Lucien, Jean, Marc et Ginette tuaient le temps sur les bancs, semblant attendre la
mort , s’intégrant au décor…
“Comment tu t’appelles ?”
“Jesus !”
“Tu veux boire un coup ?”
“Avec plaisir !”
Lucien me tendit la bouteille de Gévéor et je changeais le vin en vin, quelque chose de détestable en délectable.
Ginette qui me reprenait la bouteille et s’enfilait une rasade, me regardait étonnée.
Son regard… Au travers de ses yeux presque vitreux, je découvrais une âme flamboyante, de celles qui vous coûtent le coeur. Radieuse mais profondément blessée…
Je tombais sur le champ amoureux d’elle.

Du pied droit de Marc s’élevait une odeur de décomposition, je regardais le bandage noir, gris, rouge sale, jaune.
“Marc ? Tu souffres ?”
“Non !”
“Je peux jeter un oeil ?”
“Ouais…”
J’allais chercher l’eau infâme du canal à l’aide d’une gamelle que je trouvais sur un caddie à coté du banc. Un rayon de soleil stérilisait l’ensemble et je retournais vers mes potes.
A l’aide de cette eau, j’humidifiais le souvenir de bandage que je ressentais imprégné dans la blessure.
“T’es un médecin du monde ?”
Je riais. Oui, on pouvait le voir comme ça…
“Non, je suis le Messie !”
“Aaaahhh ! Je croyais que t’étais Jesus…”
Le bandage ôté, je découvrais une plaie abominable, purulente et gangrenée.
J’arrachais un torchon dégueulasse du caddie, vraiment plein de choses utiles ce caddie.
Je m’en recouvrais la tête et la plaie et je léchais celle-ci.
“T’es dégueu…”
“Chut !”
En me relevant, je croisais le regard de Ginette et je savais qu’elle venait de tomber amoureuse de moi.
“Voilà ! Marc, tu devrais faire attention à ton taux de sucre !”
Je me sentais con pour cette remarque. Comment pouvait-il faire attention à quoique ce soit…
Marc et les autres regardaient son pied, l’air vaguement étonné, puis repartaient gaiement dans leur bavardage et leur beuverie.
Ginette était à coté de moi, elle me prenait la main, sans mot dire et posait son front sur le mien. Je respirais son haleine abominable et lui faisais partager la mienne.
Le gris, la ville, les autres avaient disparu. Nous étions face à face, baignant dans la lumière de mon père, dans la chaleur de l’amour.
Je l’embrassais sur ces lèvres gercées et d’un coup de langue refermais ses blessures.
Elle s’abandonnait, le temps d’un battement de coeur.
Lucien me poussait violemment d’une bourrade, titubant sous son effort.
“Arrête-ça ! C’est ma gonzesse !”
Il me fracassait le nez d’une droite remarquable. Il aurait encore frappé s’il n’avait aperçu au loin une voiture de patrouille.
Je cherchais un mouchoir dans ma poche et découvrais un porte-monnaie.
D’un petit miracle je stoppais l’écoulement de sang.

Lucien s’affaissait, épuisé par l’effort.
Dans le porte-monnaie se trouvaient quelques pièces et un billet de cinquante Euros.
“Attendez les gars ! Je vais faire deux, trois courses et je reviens.”
Je prenais Ginette par la main et nous nous dirigions vers la boulangerie du coin.
“Bonjour, Madame ! Je voudrais une dizaine de croissants et cinq pet-de-nonnes, s’il vous plaît !”
Riez, riez… J’adore ces pâtisseries.
Son regard dégoûté s’abattait sur Ginette comme une lame de guillotine, mais la vue des cinquantes Euros lui rendait le sourire rapidement…

A suivre…

2 Commentaires »

  • dédé dit:

    Bonjour Thierry,

    La possibilité de pouvoir faire des miracles n’est pas exclue, de la part de Jésus. Mais il n’est pas impossible qu’il soit atteint d’allucinations ? n’oublions pas qu’il sort de l’hôpital psychiatrique.
    Les nouveaux compagnons du Messie sont de pauvres SDF. Très vite, le coup de foudre venu du ciel, secoue Ginette et Jésus, d’un amour éclair.
    Le gros rouge coule dans les gosiers assoiffés et brûlés.
    Le Messie, sans complexe, pique la gonzesse de Lucien.
    En transformant les cinquantes Euros en croissants et pets-de-nonne, Jésus réalise un petit miracle.

    En bon catholique pratiquant, je lis cette nouvelle version de l’évangile selon… St Thierry, avec intérêt.
    Amitié.
    dédé.

  • tby (author) dit:

    @dédé: Bonjour Mon Dédé du matin
    Saint Thierry a perdu son auréole ptet sous le lit ?
    Quelques jours d’absence, la ville de Hambourg m’appelle
    A bientot
    Thierry

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