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28 juin, 2008

Das Tier mit den zehn Hörnern und das Tier mit den Lammshörnern

DEFENSE DE MOURIR SUR LES PELOUSES

Je me dirigeais de nouveau vers le fleuve. Ne sachant pourquoi, comme s’il pouvait m’aider.
Je repensais à mes nuits de tropiques avec Hortense et la chaleur de ces souvenirs m’aidait à lutter contre le froid intense.
La musique écoeurante d’une communication divine me sortait brutalement de ma rêverie.

“Mon fils !”
“Oui, papa ?”
“Tu as fait du bon travail !”
“Non, papa, j’ai tout salopé…”
“Jesus…
C’est moi qui ai tout salopé comme tu dis. Je n’ai pas trouvé le conseiller que je cherchais. Aucun ne croyait en moi ou était digne de venir travailler à mes cotés.
Je te ramène à la maison !”
“Merci papa, j’en ai marre de toute façon…”
“J’ai sous-estimé les humains cette fois, comme j’avais sur-estimé les dinosaures.
J’apprends de mes erreurs, le prochain monde sera différent…”

Je glissais lentement dans une torpeur glaciale, je ne sentais plus mes mains et mes pieds me faisaient souffrir atrocement.

“Ça fait mal aux pieds papa ! Comment tu le vois le prochain ?”
“Oh, je ne suis pas encore décidé… Peut-être les limaces ? J’aime bien ces animaux là. On peut les suivre à la trace et puis elles sont pas trop compliquées. Des insectes ? Des végétaux ? Je ne suis pas décidé…”
“Ok, papa ! Qu’il en soit selon ta volonté.”

Je pensais à toutes ces souffrances, ces espoirs, ces morts et ces pleurs…
Je pensais à la petitesse et à la grandeur humaine…
Je pensais à l’amour…
Je pensais: “tout ça pour rien !” mais je n’en voulais pas à papa, je savais qu’il nous aimait…

Je sombrais lentement au fond d’une mer entourant un Gondwana sombre et sauvage.

“A tout à l’heure mon fils !”

La communication était interrompue…

La police communiquait à la presse qu’elle avait retrouvé le corps gelé d’un SDF identifié comme Jesus Bertrand. On ne lui connaissait pas de famille.
La presse s’enflammait du énième SDF, mort gelé, la faute au laxisme du gouvernement.

Sandrine et Raymond faisaient l’amour.
Les simulateurs de l’asile simulaient au chaud.
Lucien pleurait sur la fosse commune du cimetière municipal, cherchant sa Ginette.
Le colonel Chartrain se curait le nez, au chaud dans son bureau.
Les jumeaux Bigeard étaient réunis pour une fête de famille.
Le Docteur Massu enterrait sa mère.
Les vilains essayaient d’apprendre le latin à Chartres pour dire la messe selon la pure tradition.
Jean et Marc étaient fin bourrés.
Le sergent Germain, en permission, jouaient avec ses enfants.
Monsieur Lafrin pleurait devant le contrôleur du fisc.
Jean-Louis rigolait dans sa petite bulle d’univers.
Hortense baisait sans protection avec un assisté social qu’elle hébergeait dans son appartement.
Les orphelins orphelinaient, les gendarmes gendarmaient, les cathos…
Les pédophiles pédophilaient, les CRS s’ennuyaient.
Les sans-papiers tentaient de vivre, comme tous les autres…
Les extrémistes religieux menaçaient, posaient des bombes…
La routine quoi !
Euh et toi ? Qu’est-ce que tu faisais ?

Et puis ce fut l’Apocalypse…

FIN

Retour aux romans courts ?

Image – Das Tier mit den zehn Hörnern und das Tier mit den Lammshörnern – Matthias Gerung – 1530-1532 – Licence :

Public Domain
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